Enfin une vraie étude sociologique des groupes Facebook !

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Ah… Facebook… Formidable miroir de l’âme humaine ! En tout cas, de nos petites habitudes quotidiennes. Ouvre-moi l’accès à ton profil Facebook, je te dirai qui tu es (juste au cas où tu ne le saches pas déjà toi-même). Mais surtout, dis-moi quels groupes Facebook tu fréquentes, et ce que tu y fais. Car alors, je saurai tout de toi.

Sur Facebook, on raconte sa vie, on espionne ses ex, on participe à des concours en taguant toutes ses copines, on regarde des vidéos rigolotes, on suit l’actualité (pas la peine d’aller sur le site du Monde le 5 décembre dernier quand les photos de profil de vos amis se sont toutes transformées en photos de Johnny, et que les messages « RIP le taulier », assortis d’un smiley en pleurs, ont envahi votre mur). Tout cela, c’est passionnant et ça prend du temps, mais ce n’est rien par rapport à la place de plus en plus grande qu’occupent les groupes Facebook dans nos vies numériques.

 

Des groupes pour tout, tous dans des groupes

Combien de groupes Facebook avez-vous rejoints ? Pas besoin d’être un expert en quelque-chose ou d’avoir une passion dévorante pour s’inscrire dans un groupe: il y en a pour tout, et donc pour tous. Il y a des groupes généralistes, des groupes thématiques, des groupes très pointus, des sous-groupes de groupes pointus, des groupes locaux, des sous-groupes de groupes locaux, des dérivés de groupes locaux pointus, des groupes éphémères…

Il y a des groupes auxquels on est fier d’appartenir et dont on parle ouvertement, voire que l’on conseille à nos amis. Et des groupes dont on préfère passer notre addiction sous silence. Soit qu’ils soient honteux, soit qu’ils dévoileraient à nos amis une part de nous qu’on préfère garder secrète. Il y a des groupes très gais où les blagues fusent, ainsi que les smileys clins d’œil et qui pleurent de rire ; et il y a aussi des groupes très sérieux, voire tristes, où les smileys joyeux se font rare et où les gens s’épaulent. Il y a des groupes gérés de main de maître par des administrateurs aux petits soins, et d’autres où les membres sont livrés à eux-mêmes.

 

Hétérogénéité des membres d’un groupe

Plus encore que d’analyser le bien-fondé de tel ou tel groupe, ce qui est passionnant dans les groupes Facebook, ce sont leurs membres. On rejoint un groupe Facebook pour y apprendre des choses, y échanger, trouver des solutions… Et on se retrouve à assister à des discussions un peu intimes, à suivre la vie de certains membres comme le feuilleton du mois, à en épauler d’autres dans des décisions importantes, à leur dévoiler des choses ou leur poser des questions qu’on n’oserait pas poser à sa meilleure amie.

Quand on rejoint un groupe, on repère rapidement les membres qui sont très actifs, ceux qui posent des questions débiles (oui, oui, je sais, on est toujours le débile de quelqu’un), ceux qui répondent à tout, ceux qui répondent des tartines en y mettant tout leur cœur comme si, réellement, la vie du poseur de question dépendait de leur réponse, ceux qui répondent souvent à côté de la plaque, ceux qui racontent leur vie, ceux qui profitent de la moindre opportunité pour proposer leurs services professionnels ou faire de la pub pour leurs produits, ceux qui cherchent à lancer des polémiques…

On les repère, on farfouille sur leur profil Facebook histoire de voir si on peut affiner un peu l’impression qu’on a d’eux, on se délecte de leurs interventions qu’on envoie sur Whatsapp à nos copines à coup de « Les filles, Gérard a encore frappé !! », capture d’écran à l’appui et smiley mort de rire en prime.

On s’habitue aux interventions de certains, on suit un peu de leur vie, on a presque l’impression de les connaître. Faites le test : pensez au groupe Facebook que vous suivez le plus et essayez de vous souvenir des noms de quelques participants. Pas des gens que vous connaissez dans la vraie vie, non, juste des gens que vous avez repérés sur ce groupe, pour n’importe quelle raison, bonne ou mauvaise. Dites-moi si vous en trouvez 3.

 

Les stars du groupe

Sans le vouloir, il y a donc des gens qui deviennent les stars d’un groupe !

Il y a les bêtes noires : ceux qui saoulent tout le monde, ceux qui ont un jour avancé une opinion à l’opposé total de l’esprit du groupe (il y a beaucoup de groupes où on fait semblant d’être ouverts à l’avis des autres mais en fait, si on a rejoint ce groupe précis, c’est qu’on est tous bien d’accord à la base. Donc, attention aux vilains petits canards, mieux vaut qu’ils se fassent discrets). Il y a aussi des membres qui, même après avoir lancé sans le vouloir une polémique qui a enflammé le groupe pendant plusieurs jours, continuent tranquillement de donner leur avis à tout bout-de-champ.

Mais il y a aussi les stars trop sympas qu’on aimerait bien connaître dans la vraie vie ! Ceux qui font toujours des commentaires tellement marrants, ceux qui s’investissent à mort, ceux qui partagent des tuyaux en or… Je lance un test à l’aveugle : combien parmi vous connaissent (et seraient même presque capables de la reconnaître dans la rue) Valérie Paul L. ?? (VPL pour les habitués). Et qui n’a pas déjà envoyé par Whatsapp à une copine qui est dans le groupe : « Tu l’as réussie toi la fameuse recette de sablés de VPL ? ». Le jour où la star du groupe change sa photo de profil, c’est perturbant pour tout le monde. On a tellement l’habitude de la voir sa photo que, soudain, c’est comme si quelqu’un d’autre se faisait passer pour elle (car on reconnaît son style à la première ligne ou à la première photo).

Comme, il y a des années, il a eu les premiers People issus de la réalité, qui donc sera le premier People à émerger d’un groupe Facebook ? Les paris sont ouverts.

 

Qu’est ce qu’on se raconte dans un groupe Facebook ?

Cela dépend de l’intitulé du groupe. Enfin, en général. Car il y a toujours des gens pour faire des gros hors-sujets en prétendant qu’ils ont cherché en vain un groupe qui corresponde pile-poil à leur question (là, si on est prudent, on peut commencer par : « N’hésitez pas à supprimer si ma question dérange… »). Bien sûr, plus le groupe est généraliste, plus la porte est ouverte à tout et n’importe quoi (« Près de quel arrêt de tram habiter quand on a un enfant de 18 mois? »). C’est ce qui fait aussi l’intérêt d’un tel groupe : passer du coq à l’âne toute la journée, fédérer des gens qui n’ont rien à voir les uns avec les autres et qui donc vont pouvoir s’écharper tranquillement… Ce sont les meilleurs groupes à suivre pour les observateurs muets qui ont du temps à perdre sur leur smartphone, et Dieu sait qu’ils sont nombreux ! Ces gens-là sont d’ailleurs les membres majoritaires de chaque groupe : ils lisent tout, notent des idées, puisent de l’inspiration sans jamais rien commenter, prennent l’un des membres actifs en sympathie ou en grippe, se passionnent pour le sujet en vogue sur le groupe… Parfois, tout de même, de temps en temps, ils likent un post.

 

La colonne vertébrale d’un groupe Facebook : son flux incessant de questions

Le groupe Facebook s’alimente des questions que ses membres y posent, et des réponses qui tombent en retour.

Rejoindre un groupe Facebook, c’est bien utile pour glaner des informations importantes et échanger avec nos semblables. Mais c’est aussi choisir d’abdiquer une part de son cerveau, décider de ne plus jamais rien chercher nulle part, de ne jamais essayer de faire soi-même une déduction logique ou d’essayer de se rappeler de quelque-chose. Voire d’abandonner à tout jamais la fonction moteur de recherche de Google.

Votre enfant a des poux ? Plutôt que de taper sur Google ‘’solution poux” + envoi, ou de vous souvenir de ce qu’a dit votre copine deux jours avant ou du nom du produit que vous aviez acheté le mois dernier, vous allez questionner le groupe.

Là il faut choisir avec soin le groupe dans lequel poser la question. Celui dont l’objectif se rapproche du moins loin possible de votre question (sauf bien sûr, si vous faites partie d’un groupe qui s’appelle “Solutions aux problèmes de petites bêtes dans les cheveux des enfants scolarisés“). Lequel choisir donc entre le groupe “Problèmes de parents“ ou celui d’entraide de votre quartier ? Il serait légitime de poster la question dans le groupe “Problèmes de parents” car oui, les poux sont bien un problème de parents. Mais vous pourriez tout autant la poser dans le groupe de votre quartier car il y a très certainement dans votre quartier des parents qui ont des problèmes. À vous donc de trancher au cas par cas, en votre âme et conscience.

Vous pourriez choisir d’écrire : « Je cherche un produit contre les poux. Merci. » Ou : « Salut les parents, voilà, ça devait arriver. Alors que je lave consciencieusement les cheveux de mes enfants tous les deux jours, ils viennent de rentrer de l’école avec des poux sur la tête. Blabablablabla… Donc voilà, je viens vers vous pour vous demander vos lumières blablabla…. Sachant que mes enfants ont respectivement 7 ans, 3 ans et blabla… Je suis plutôt bio mais pas trop… blablabla… L’année dernière blablablabla… Merci beaucoup et très bon week-end à tous ! »

Car oui, le groupe Facebook fait également office de viviers d’amis virtuels auprès desquels vous pouvez vous épancher quand l’envie vous en prend. Sous couvert de poser une question, vous pouvez lancer des conversations fleuves (« Des idées de cadeaux d’anniversaire pour une belle-mère qui ne s’intéresse à rien ? »), faire état de votre vie (« Bonjour, mon enfant de 7 ans s’ennuie à l’école. J’ai l’impression qu’il est très en avance par rapport aux enfants de sa classe. Des conseils ? »), frimer un peu (« Qui a des bons plans à New-York pour les prochaines vacances ? »), lancer des bouteilles à la mer (« Je suis – désespérément – seule ce week-end avec mes enfants. Qui a des idées de sortie ? »)…

Poser une question vous permet aussi de mesurer votre popularité sur le groupe. Ce n’est jamais agréable quand on demande à la ronde sur le groupe “J’aime la littérature”: « D’après vous quel est le meilleur livre de Marc Levy ? » et que personne ne vous répond, alors qu’en parallèle, sur ce même groupe, quelqu’un d’autre est en train de faire exploser le compteur des commentaires avec : « Si je vous dis Musso, c’est lequel votre préféré ? ». Oui, il n’y a pas de loi. Ça prend ou ça prend pas, il ne faut pas chercher à comprendre. En tous cas, il ne faut rien prendre trop personnellement.

Pour conclure sur les questions, deux points importants:

  • Bien sûr, la fonction ‘’loupe’’ est tellement dure à utiliser et ses résultats tellement aléatoires qu’il ne faut jamais se priver de poser une question qu’on a déjà vu passer 3 fois dans la semaine (en commençant toujours par s’excuser en disant: « Pardon, je sais que la question a déjà été posée… »). Vous trouverez toujours quelqu’un pour vous répondre. Attention: si c’est pour dire « Je te conseille de faire une recherche sur le groupe. », merci de s’abstenir.
  • Toutes les questions qui ont trait à la recherche d’un sexologue, d’un produit contre l’herpès mal placé ou qui pourraient vous faire passer pour un énorme radin feraient mieux de commencer par: « Pour un ami qui n’est pas sur le groupe…» (#astucepourgardersadignité).

 

De l’art de répondre aux questions sur un groupe Facebook

Oui, c’est tout un art que d’apporter ses réponses et commentaires sur des groupes Facebook. Il y a deux grands types de réponses : celle qui aide celui qui a posé la question, et celle qui a juste pour intérêt de mettre en avant celui qui répond. Exemple répandu: « Ah, New-York que de bons souvenirs ! ». Là, vous n’apportez absolument aucune aide à personne mais tout votre quartier aura compris que vous connaissez bien New-York ou que vous y avez vécu un truc super.

Par vos réponses, vous pouvez vous construire aux yeux des membres du groupe une personnalité de personne super aidante, bienveillante, ouverte et accueillante (très utile dans les groupes géolocalisés où on risque de rencontrer les autres membres dans la vraie vie).

Ensuite, il faut l’avouer, le nombre de réponses peut varier en fonction de l’intérêt de la question posée mais également de la personne qui la pose (peut- être, y avait-il en fait un message derrière le silence absolu à votre question sur l’œuvre de Marc Levy ?). Par exemple (petite mise en situation), allez-vous prendre la peine de répondre à cette fille qui ne vous adresse jamais la parole aux réunions de parents d’élèves ? Non, elle peut toujours se brosser pour que vous lui filiez votre recette de brandade de morue. Alors que cette autre fille qui semble vivre dans votre rue et qui a l’air si cool, vous allez vous empresser de répondre à sa question. Si vraiment vous n’avez aucune solution à lui apporter, likez quand-même sa question, ça ne mange pas de pain. C’est un petit signe de soutien, une manière de lui montrer votre sympathie en lui disant : « J’adore ta question ! ». Sous-entendu : « C’est excellent ton idée de chercher un garagiste puisque ta voiture est en panne. » Un jour peut-être vous deviendrez amies grâce à ça.

 

Je ne peux pas vous quitter sans vous dévoiler une dernière règle essentielle : quand vous rejoignez un nouveau groupe, puis ensuite à intervalles réguliers, vérifiez toujours si vous avez des contacts Facebook qui sont eux aussi inscrits sur ce groupe. Votre liberté de parole pourrait en prendre un coup. Ainsi, alors que vous y profériez bons conseils sur bons conseils depuis des mois, l’arrivée de votre belle-sœur sur le groupe ‘’Éduquer ses enfants dans la bienveillance’’ pourrait mettre un gros frein à vos interventions. Continuez à vous donner ainsi en exemple et votre belle-sœur pourrait se moquer de vous dans les grandes largeurs en rétablissant la vérité ! En MP (ou en PM, enfin on se comprend) si elle sympa, sinon en commentaire ironique lisible par tous les membres du groupe. Attention également le jour où vous recevrez par Messenger ce message de votre N+2 : « Vraiment désolée, je ne savais pas pour vos hémorroïdes. J’espère que vous avez trouvé une solution. Amicalement. » La prochaine fois, avant de poser ce type de question sur votre groupe “SOS petits bobos dans le 72”, pourquoi ne pas juste demander conseil à votre pharmacien ?

 

Parti comme ça, on pourrait écrire une thèse sur les groupes Facebook. Un chapitre entier pourrait être consacré aux groupes de revente d’occasion (où l’on se retrouve à comparer le prix de deux tables-à-langer identiques alors que son petit dernier va bientôt passer son bac) et un autre aux questions de santé qui surgissent dans des groupes qui ne leur ont rien demandé (Ah… le bonheur de découvrir des photos d’eczéma purulent sur son mur Facebook le matin au réveil !).

Cette fois, je crois bien avoir fait le tour des groupes que je côtoie… Dites-moi de quoi on parle sur les vôtres ! Quelles ont été les meilleures questions aui y ont été posées ?? Et n’hésitez pas y partager cet article !! Il n’y sera pas complétement hors-sujet ! Merci !

 

 

11 Comments
  • Laurence
    February 6, 2018

    J’ai bien souri en vous lisant, et encore plus lorsque vous évoquez VPL, cette adorable Valérie que j’ai l’honneur de connaître en vrai , merci pour votre humour et désolée pour vos hémorroïdes

    • My tailor - Mathilde
      February 6, 2018

      Ahhhh…. Laurence !!!!!! Vous m’avez démasquée pr les hémoroides!!! J’en rigole tte seule !!!!! C’est drole que vs connaissiez VPL? mon dieu, le monde est petit ! Merci pour votre message !!

      • Caroline
        February 7, 2018

        Mouahahahahaha (Soutien “discret” faute de like). Votre article est parfait.
        P.s.: Pour les hémorroïdes, vous avez essayé l’oignon ? Il paraît qu’il fait des miracle. 😉

        • My tailor - Mathilde
          February 9, 2018

          Mon dieu, cette blague sur les hémoroïdes va me suivre partout !!!!!

  • madel
    February 6, 2018

    non mais j’ai ri ! VPL a des hémorroïdes donc? et toi des poux? sinon, pour une amie qui ne lit pas ton blog, j’ai une question : comment fais tu pour être aussi poilante?

    • My tailor - Mathilde
      February 9, 2018

      Ah, merci Madeleine pour tes commentaires tjs trop marrants !! Dis à ta copine de lire mon blog !! 😉

  • Marine Guillermou
    February 6, 2018

    Je m’en vais de ce pas partager cet article sur mes groupes préférés : «bienveillance / ironie, dilemme», «je ne fais partie d’aucun groupe, c’est grave ?» (tout un concept), «hémoroïdes pour les nuls» et «mon enfant est un génie mais je suis hyper modeste à ce sujet». Je sens que je vais récolter plein de likes, YES !

    Mathilde, super article comme toujours, c’est très juste ! Et oui, je «connais» VPL, cette star. As-tu connu Boubou et ses turpitudes endivesques qui ont provoqué un tollé et une scission, voire même un spinoff ? Une vraie série, truc de ouf.

    • Anne clé
      February 9, 2018

      Ah boubou !! Qu’esr Ce qu’on le regrette ! Même s’il prenait bcp de place. Et valerie, on la bénit !
      Merci Mathilde pour cet article génial et hilarant comme toujours. Je continuerai quand même de souligner la fonction loupe que bcp ignorent…

      • My tailor - Mathilde
        February 9, 2018

        Merci Anne-Clé !!

    • My tailor - Mathilde
      February 9, 2018

      Hélas, je n’ai pas connu Boubou !! Mais il a été évoqué ds plusieurs commentaires récemment et j’avais prévu de demander à une de mes amies de m’éclairer sur qui il est (car je suis sure qu’elle sait!). J’avais oublié, ouf, merci de me l’avoir rappelé !!

  • Tara B.
    February 9, 2018

    Excellent ! Je n’ai pas la chance de connaître VPL, j’espère que ça me donne quand même le droit de laisser un commentaire ici. Et j’ai trop ri en revoyant les photos de table à langer (et les bodys d’occasion (mais achetés en France) vendus 10 centimes + frais de port, on en parle ?). Le vrai problème de ces groupes c’est que c’est comme la télé : on sait que le programme est nul mais on regarde quand même 😉

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