Repousser les squatteurs en toute impunité (mais bonne foi)

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Mon dernier article vous a peut-être laissé à penser que lorsque quelqu’un me demande si je peux l’héberger quelques jours, j’applique mon barème à la lettre et réponds non (souvent), sans le moindre état d’âme. Hélas non ! Moi aussi, certaines requêtes me causent un grave cas de conscience. Parfois, c’est avec tristesse et culpabilité que je décline une invitation à héberger des inconnus chez moi. Dans ces cas, je ne peux m’empêcher d’argumenter mon refus (car je suis un peu lâche mais aussi car, ainsi, les gens insistent moins).

Si vous n’arrivez pas à dire ‘’Non. Je ne t’aime pas trop trop, va plutôt dormir sous un pont que dans mon loft spacieux’’, vous aussi, accompagnez votre réponse d’une bonne raison.

 

Les deux meilleures bonnes excuses

 

Ces deux infaillibles excuses sont chacune fondées sur une incompatibilité spatio-temporelle flagrante entre la demande du visiteur et votre bonne volonté.

  • Première excuse: à la date sollicitée par le visiteur, vous aurez d’autres squatteurs skotchés chez vous.
  • Seconde excuse: à la date sollicitée par le visiteur, vous serez vous-même en visite ailleurs.

Surtout, n’éventez pas cette excuse si la demande du visiteur n’était pas très précise en terme de dates. Si celui-ci vous a juste informé qu’il viendrait en fin d’année, ne traitez sa demande que lorsqu’il vous aura donné ses dates exactes.

Ensuite, comptez large dans votre réponse: ne dites pas ”Pas de chance: pile à ces dates, mes parents sont à la maison”. Cela revient à donner carte blanche au visiteur pour qu’il vous rétorque “Mais tu sais, je suis souple: je peux aussi faire mon voyage dans l’autre sens pour plutôt finir par la capitale et arriver après le départ de tes parents”.

En terme de dates, vous pouvez aussi dire que vous aurez énormément de travail à cette période ou que ce n’est pas la bonne saison… Mais ces excuses sont facilement combatables pour un visiteur motivé.

 

 

Mais qu’il est bon de varier les plaisirs

 

Si vous souhaitez varier vos réponses et vos bonnes raisons, je vous propose de piocher dans la palette toute personnelle de mes excuses,  lesquelles font (à mes yeux) mouche et me lavent de tout soupçon d’être une fille pas si sympa que ça, finalement:

 

♦ Mettez en avant votre bonne conscience et votre amour pour votre pays d’accueil. Tout comme vous n’avez pas choisi d’avoir une maid par flemme de lever le petit doigt mais pour faire marcher l’économie locale, refusez d’héberger les gens afin de ne pas priver les hôteliers locaux de cette manne. Pour ma part, dans un pays comme la Thaïlande où le touriste est rare, je ne peux détourner personne d’aucune chambre d’hôtel. A noter que, dans les pays en développement, ce type de bonne action peut vous exonérer de devenir bénévole dans une association locale (ce qui vous dégagera du temps pour glander sur internet).

 

♦ L’expatrié curieux et ouvert d’esprit que vous êtes s’est immergé dans la culture de son pays d’accueil et, pas de chance pour le visiteur en quête d’un lit chez l’habitant, héberger quelqu’un chez soi va à l’encontre totale de toutes les croyances et les coutumes locales ! Impossible pour vous de dire oui, ça ne se fait pas ici. Vous ne voudriez pas froisser les locaux et mettre en péril votre intégration qui va bon train.

 

♦ Si la culture locale peut avoir bon dos, votre conjoint(e) aussi. N’hésitez donc pas à user du même subterfuge : héberger des amis, ce n’est pas dans les croyances et les coutumes de votre moitié. Excuse imparable si vous avez la chance, comme moi, de faire partie d’un couple mixte (gros dossier pour 2016).

 

♦ Faites également participer vos enfants à votre croisade anti squatteurs car, tout le monde le sait, les enfants d’expatriés sont des sales gosses pourris gâtés. Voilà là un très bon point pour vous lorsqu’il s’agit de refuser du monde. Répondez à votre interlocuteur que vos rejetons sont ingérables en ce moment, que leur nanny leur passe tout, qu’ils ne respectent rien et refusent votre autorité. Ils ne veulent pas l’héberger. Vous êtes vraiment désolé, ce n’est pas de votre faute, c’est de la leur.

 

Arguez de l’étroitesse de votre logis. Si vous devez mentir sur sa superficie (350 m2 à 4, dur dur), n’ayez crainte que votre supercherie soit découverte. Si tel est le cas, on mettra ça sur le dos de la fameuse ‘’déconnection de l’expatrié avec la réalité’’. Avec un peu de chance, on vous plaindra même : « Ça ne va pas être facile pour eux le jour où ils reviendront dans leur 2 pièces parisien ».

 

♦ Attention, une fois n’est pas coutume, voici une excuse de bonne foi, une vraie de vraie : vous habitez un quartier résidentiel pas du tout excitant pour les voyageurs et très loin des coins touristiques ; mieux encore, vous avez été contraint d’habiter en périphérie de la ville, en pleine zone industrielle. Franchement, entre le temps passé dans les transports et la galère que ça va être pour lui de s’y retrouver (d’autant plus s’il veut sortir le soir), votre visiteur ferait bien mieux de se prendre un petit hôtel dans le centre (historique ou non).

Mais figurez-vous que cela, tous les visiteurs en quête d’hébergement, ne sont pas prêts à l’entendre ! Dans ce cas là, je vous conseille d’insister TRES fermement. Ne faiblissez pas, dites non à chaque relance. Si vous craquez, vous risquez de devoir vous retrouver plusieurs soirs de suite à aller chercher ce gentil touriste perdu dans des coins improbables de votre ville, où vous tournerez pendant 2 heures avant d’arriver à le localiser.

 

 

Démontez les arguments adverses et tournez les en votre faveur

 

Attention : le squatteur de canapé d’expatrié (ou de chambres d’amis selon le marché immobilier local) peut parfois se montrer très coriace. Il y en a qui insistent et ne sont jamais à court d’arguments.

 

♦ Le radin

Si votre interlocuteur en appelle à votre hospitalité car son budget est très serré, il convient bien entendu d’opérer au cas par cas (rappelons le, prenez en compte dans votre décision le critère ‘’revenu fiscal du demandeur’’).

Abondez dans le sens de celui qui vous supplie de l’héberger car les nuits d’hôtel sont si chères dans votre pays et faites preuve de compassion. En effet, quoi de plus naturel qu’il cherche à s’économiser quelques nuits d’hôtel s’il ne veut pas devoir sacrifier par la suite la demi-heure en montgolfière au dessus du plus beau parc national de votre pays, le menu gastronomique du meilleur restaurant de votre capitale ou son après-midi de jet-ski quand il sera sur la côte ? Répondez lui « C’est vrai, la vie est chère ici et nous n’avons pas le statut d’expatrié, pour nous aussi c’est dur ». Devisez alors sur le mythe du ‘’package en or’’: il ne pourra que s’en suivre un dialogue de sourd qui noiera le poisson.

 

♦ Le touriste en quête d’authenticité

Le voyageur à tendance bobo-écolo-humaniste va vous dire que dormir à l’hôtel tue l’authenticité du voyage. On l’a vu, lui ce qu’il aime, c’est sortir des sentiers battus et partager des moments intenses avec les locaux. Pour lui, le voyage, le vrai, c’est la rencontre de l’autre. Il aimerait donc beaucoup pouvoir vous rencontrer en pyjama le matin et partager avec vous de savoureux plats locaux, et vos capsules Nespresso. Vous aurez beau lui dire que vous ne cuisinez JAMAIS local, que vous ne parlez pas un mot de la langue nationale et êtes incapable de lui expliquer la moindre coutume ou croyance de votre pays d’accueil, il va s’accrocher comme une sangsue.

Proposez lui alors d’aller vivre chez votre maid. Oui, car s’il y a bien quelqu’un de local chez vous, c’est elle. S’il accepte, prévenez-moi, je ferai un mea-culpa public.

 

♦ Celui à qui vous manquez tant

Encore plus malin que les deux autres, est le voyageur qui vous dira vouloir passer le plus de temps possible avec vous et vous faire aveuglément confiance pour le guider dans votre si belle ville. Quel flatteur ! Le moment est opportun de lui rappeler que vous travaillez et que vous n’avez pas 8 semaines de congés payés par an. Contrairement à lui, vous ne serez pas en vacances quand il sera là et vous aurez toujours quelques horaires à respecter. Hélas donc, même en dormant sous votre toit, il n’aura que peu d’occasions de vous croiser et de passer du temps avec vous.

Attention, celui là peut s’accrocher avec l’énergie du désespoir, il est prêt à tout pour cinq minutes volées en votre compagnie. En fait même, s’il s’apprête à faire l’effort d’un si long voyage, c’est bien plus pour vos beaux yeux que pour les qualités architecturales de votre ville. Là, je crains bien qu’il ne faille user d’une seconde excuse en renfort. Votre seule porte de sortie est de sortir, quitter le pays en vous inventant par exemple un déplacement professionnel non prévu.

 

C’est la fin de notre tutoriel ”Arguments à l’appui, dites non aux demandes intempestives d’hébergement”.

Vous savez maintenant repousser les squatteurs de votre Home sweet home… saurez-vous également en assumer les conséquences ?

 

2 Comments
  • Jeanne
    December 10, 2015

    Vraiment vous êtres TRES forte !!
    Superbe écriture, bien tourne et toujours original:


    Ces deux infaillibles excuses sont chacune fondées sur une incompatibilité spatio-temporelle flagrante entre la demande du visiteur et votre bonne volonté.”…

    Merci de nous faire rire

  • My tailor
    December 11, 2015

    Merci pr votre fidelite Jeanne !

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