Ventes privées entre expats : le guide pratique et psychologique

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L’ expatriation nous ouvre l’esprit et nous enrichit de nouvelles expériences. Pour ma part, j’ai découvert les ventes de femmes d’expat. Alors que certains moqueurs pensent que la femme d’expat passe ses journées au bord de sa piscine ou à la manucure, sachez qu’en réalité, elle est très occupée (parfois trop). Qu’elle y soit marchande ou cliente, la femme expatriée consacre une précieuse partie de son temps à aller à des ventes.

 

1- Catégorisation

Il y a deux grandes tendances dans les ventes de femmes d’expat : les ventes organisées par une vendeuse(r) unique et puis les ventes en bande organisée, type ‘’fairs’’ ou marchés de Noël qui rassemblent de nombreuses vendeuses(rs). La vente ‘’unique’’ se passe dans le cadre feutré d’un salon de femme d’expat (ou parfois dans les parties communes de son condo, moins chic), le tir groupé se passe dans les salons feutrés d’un hôtel.

Parmi les vendeuses, on distingue l’entrepreneuse qui monte son business de la bénévole qui œuvre pour une association caritative. Si le quotidien de chacune est le même : importer, faire produire ou créer soi-même des articles, puis jouer à la marchande, comment les différencier ?

C’est très simple: alors que l’association caritative affiche clairement ses intentions, l’entrepreneuse cultive le mystère. Sur le stand associatif, posters et flyers expliquent le bien fondé de l’organisation, photos de puits creusés ou d’enfants scolarisés à l’appui. Sur celui de l’entrepreneuse, point de slogans « 100% des fonds récoltés lors de cette vente iront directement dans ma poche », ni de photos d’elle sac a main sous le bras avec le message « Mon nouveau Hermés et moi. Un grand merci ! Sans votre soutien, rien de tout cela n’aurait été possible ! #tousensemble #solidaires » Voilà, savoir identifier les marchandes s’avérera très utile quand nous arriverons à la question fondamentale, qui est « Peut-on repartir les mains vides d’une vente de femmes d’expat ? ». Patience.

 

2- Pourquoi s’y rendre ?

Si on trouve toutes sortes de choses essentielles et de denrées vitales dans ces ventes, on peut aussi s’y rendre avec d’autres desseins que celui de faire du shopping.

 

Pour voir et se faire voir

La vente de femmes d’expat est un événement mondain qui mobilise la communauté des femmes d’expat. On s’y donne rendez-vous (sans même savoir ce qu’on va y trouver) et on y traine comme à une réception de l’Ambassadeur. Si vous voulez vous mettre des nouvelles dans la poche et leur montrer que vous connaissez les bons plans de la ville, forwardez-leur chaque invitation, assortie d’un « Je vais essayer de passer » (sous-entendu : tu pourras m’y trouver de 9h à 19h).

 

Pour se faire des amies

La recherche de nouvelles amies est une activité à part entière dans la vie d’une femme d’expat, surtout entre septembre et décembre. Dans cette optique, je recommande de privilégier l’intimité à la quantité : rendez-vous aux ventes privées et non aux ventes groupées. Organisées dans un joli salon, l’afflux de visiteuses y est moindre et on ne peut pas vous louper quand vous passez la porte. Confinées dans cet espace intime que vous arpenterez plusieurs fois l’air absorbé devant la marchandise, les meilleures âmes se sentiront obligées de vous parler (au moins un peu).

 

Pour refaire la déco de son salon (NB: ce point ne concerne que les ventes à domicile)

Il est rare qu’une femme d’expat qui organise une vente chez elle ait à rougir de son appartement et de sa déco. Vous allez donc  pouvoir vous inspirer du salon de votre hôtesse et lui soutirer ses bonnes adresses locales. En temps normal, elle rechignerait à vous livrer ses secrets, à vous qu’elle n’a jamais vue, mais… le client est roi. Si c’est le prix à payer pour qu’elle lance son business, elle livrera ses fournisseurs. Une précision: cette technique ne marche que si votre hôtesse est installée dans votre ville depuis un petit moment.  Si elle est fraîchement débarquée du Mexique alors que vous vivez à Bangkok, ça ne va pas être facile pour vous de trouver son tableau de la Vierge de Guadalupe ou un sombrero à accrocher au mur. Renseignez-vous donc avant de vous déplacer.

 

 

3- Quelques règles de bienséance

Attention, une vente de femmes d’expat, ce n’est pas une boutique Zara ! Vous y évoluez sous surveillance rapprochée. Quand vous passez à la caisse, la vendeuse ne met pas vos achats d’un geste mécanique dans vos sacs sans les regarder. Non, mine de rien, elle observe et retient tout. Et si la vente se fait dans un salon privé, l’organisatrice sait aussi combien de croissants vous avez mangés, si vous avez regardé avec insistance la photo de son mari en maillot de bain sur sa commode chinoise ou si vous avez poussé des portes interdites. Bref, tenez-vous bien.

Vous pouvez aussi vous rendre aux ventes de femmes d’expat pour y boire du café à l’œil. Mais attention, à certaines ventes, vous allez boire du jus de chaussette, tandis qu’à d’autres il est bien possible qu’on vous présente du Nespresso. En général, cela dépend de la valeur (affective bien sûr) des produits mis en vente. Quelle attitude adopter alors ? Vous vous rendez à une vente de pierres semi-précieuses que le mari de l’organisatrice détourne propose via sa société, à prix d’amis ? Là, tapez tranquillement dans les capsules Nespresso rapportées de France. Vous allez à une vente de charité et le café bouilli qu’on vous propose vous inquiète?  Allez-y mollo sur la consommation, c’est bien plus poli.

 

4- Passage en caisse: règles de SURVIE

On n’a jamais vu une vendeuse Zara appeler ses copines le soir pour leur dire « Devine combien Untel a dépensé ce matin ?? » ou alors « Tu sais que Bidule est restée pendant 2 heures dans le magasin à papoter avec tout le monde et tout regarder, mais qu’elle n’a rien acheté ! ». Alors qu’une femme d’expat…

 

Oui, vous êtes obligée d’acheter !

Nous voilà donc au cœur de cet article et il est temps de vous asséner LA vérité: oui, vous devez toujours acheter quelque-chose à une vente de femmes d’expat. Vous ne pouvez pas repartir les mains vides, cela ne se fait pas (même si vous n’avez pas touché au café bouilli).

Si vous vous rendez à une vente armée de toutes les bonnes intentions du monde sauf celle d’y acheter quelque-chose, il va vous falloir la jouer fine pour garder un certain honneur (et des amies). S’il faut espérer qu’il y aura foule à cette vente, la technique du ”Je vais passer inaperçue” n’est pourtant pas la bonne à suivre. Non, au contraire, faites-vous voir ! Faites du bruit, complimentez beaucoup la/les marchandes sur leurs produits, commentez les… Le but est que les gens se souviennent et vous et pensent que vous avez acheté quelque-chose. Ayez toujours un article en main, voire de l’argent, trainez beaucoup près de la caisse (par exemple, accompagnez-y toutes vos amies dépensières). Arrivez chargée de sacs, repartez chargée de sacs (les mêmes). Poussez les autres clientes à la consommation.

Attention toutefois: vous êtes là pour acheter mais pas pour passer pour une oisive femme d’expat qui jette l’argent par les fenêtres. Faites donc beaucoup croire que ce que vous achetez c’est pour faire des cadeaux cet été en France. Bien sûr, personne ne vous croira mais on appréciera tout de même votre démarche d’humilité.

 

Acheter… oui mais à qui (à quoi) ?

Vous avez fait le tour des stands et rien ne vous plaît. Mais vous savez maintenant que vous devez repartir avec un petit quelque-chose. Vous vous dites alors: « Grâce à l’excellent article de My Tailor is an expat, je sais ce que je vais faire! J’ai appris à reconnaître une entrepreneuse d’une vendeuse bénévole et mon bon cœur me pousse vers l’association caritative. »

Malheureuse !!! Quel mauvais calcul !

Vous n’êtes pas là pour sauver le monde, vous êtes là pour éviter de vous brouiller avec qui que ce soit! Donnez votre argent aux entrepreneuses qui n’en veulent, cela vous sera rendu au centuple.

Démonstration:

  • à ma droite, un stand de charité animé par une bande de copines qui croient en ce qu’elles font mais qui n’y jouent pas leurs chemises. L’ambiance est à la détente. A plusieurs sur le stand, la responsabilité des ventes se dissout, l’attention sur le tiroir-caisse est partagée… Vous pouvez passer 20 minutes à papoter avec les marchandes (en prenant et reposant ostensiblement des produits), pas sûr qu’elles se souviennent le soir de si vous avez acheté quelque-chose.
  • à ma gauche, une entrepreneuse commerciale et motivée. Elle est à l’affut de la cliente, ne veut rater aucune vente. En général, elle est seule sur son stand, rien ne lui échappe. Ajoutons à cela que la boite qu’elle monte, elle y croit, c’est son bébé et qu’elle va prendre tout ”non-achat” comme un rejet personnel (voire une attaque)…

Vous hésitez encore car tout de même, vous avez bon cœur, vous. Mais savez-vous que aider une jeune entrepreneuse à l’étranger c’est aussi aider une femme d’expat à sortir de la déprime ?

Un jour, je vais devoir m’atteler à un article incontournable, un marronnier de la littérature expatriée, j’ai nommé : le fameux blues de la femme d’expat. Pour vous résumer ce mal bien connu des coachs en mobilité internationale, sachez qu’après une phase d’émerveillement et de curiosité, puis de doute et de désœuvrement, la femme d’expat tombe en dépression. Cette petite marchande qui vous regarde avec ses yeux suppliants est peut-être au fond du gouffre. Peut-être a-t-elle perdu tout espoir de trouver un job et n’en peut plus qu’on lui demande « Mais tu fais quoi de tes journées ? ». Ce business qu’elle monte courageusement, c’est sa planche de salut, surtout si son mari vient de re-signer pour 4 ans.

Voilà. Si en général, j’aime à égayer la journée de mes lecteurs, parfois il faut oser les vraies questions. Je vais vous laisser seul(e) avec votre conscience face à ce choix cornélien: si vous ne pouviez en sauver qu’un, sauveriez-vous un jeune enfant de la misère en donnant à une ONG locale ou sauveriez-vous une femme d’expat de la déprime en soutenant son business? Gardez en tête cette question lors de la prochaine vente.

Pour conclure, moi je pardonne à cette petite marchande de friser (tout juste) (parfois) le harcèlement… Elle se lance à corps perdu dans la création de sa boite, telle une jeune auteure qui vient enfin de publier son tout premier livre et qui espère en faire un best seller !

Hoooo… comme c’est bien amené: savez-vous qu’hier, courageusement, j’ai participé à ma première vente de femmes d’expat pour y présenter mon livre Ulysse, petit expat (le premier album illustré consacré à l’expatriation !!) ?

Si vous n’êtes pas venu hier pour le faire dédicacer, vous pouvez vous rattraper en le découvrant (et achetant) via ce lien.

Je vous promets, je resterai de marbre telle une vendeuse Zara. Si vous en achetez compulsivement quinze d’un coup, je ne le dirai à personne. Merci !!!

Ulysse, petit expat: le premier livre pour enfants consacré à l’expatriation

 

6 Comments
  • Daphné
    October 20, 2015

    Hilarant! J’adore! Encore, encore!

  • Sandrine
    October 20, 2015

    Lol, on n avait pas ca a Miami….du moins j étais pas invitée….

  • Helene
    November 4, 2015

    Il faudrait une version biligue de ce blog parce que cet article marcherait très fort dans la communauté anglo saxonne de Bombay aussi !

    • My tailor /
      November 4, 2015

      Ha, ha… cet article très cute leur plairait surement ! Mais je ne suis pas sure que le ton des autres articles plaise bcp aux anglo-saxons… ?

  • Sabine
    November 6, 2015

    Très drôle et presque vrai!! Parole d’expat.

    • My tailor /
      November 13, 2015

      Oui, presque vrai 😉

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