La femme d’expat fait sa rentrée (suite et fin)

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En cette mi-septembre, les Cafés de rentrée battent leur plein de par le monde. Ils drainent des milliers de participantes toutes animées par une même intention: profiter au mieux de cette nouvelle année. Pour ce faire, la femme d’expat a de l’ambition. Mais alors que la petite nouvelle a comme (simple?) objectif de s’acclimater, l’ancienne voit beaucoup plus grand. Etudions la à son tour.

 

Poussée par son âme altruiste et généreuse, l’ancienne passe le Café de rentrée à accueillir les petites nouvelles. Avenante, elle vient à leur rencontre, s’enquiert de savoir si leurs containers sont bien arrivés, si les enfants ont bien fait leur rentrée… Jamais elle ne laisserait une petite nouvelle en plan le regard implorant devant les petits fours. Elle partage ses bons tuyaux et met à disposition des nouvelles arrivées toute sa bande d’amies.

 

Bien sûr, ça ne se passe pas du tout comme ça !

L’ancienne vient au Café de rentrée pour retrouver ses copines, débriefer de l’été, s’inscrire à ses activités préférées et observer le paysage de l’année à venir.

Si elle ne vient pas pour se faire des amies (comme une vulgaire nouvelle), elle va tout de même en profiter pour ‘’renforcer son tissu amical’’. En effet, turn-over des expats oblige, la femme d’expat ‘’ancienne’’ a mathématiquement moins d’amies en septembre qu’elle n’en avait en juin. Mais l’ancienne a son honneur et ne va pas se jeter sur les petites nouvelles. Elle préférera miser sur des amies d’amies, des filles croisées l’année dernière mais qu’elle ne connaît pas très bien. Si elle s’approche peu des nouvelles, elle les observe beaucoup et jauge du potentiel pour l’année. S’attaquer à la première occasion à une nouvelle n’est pas très valorisant, mais elle sait qu’elle aura bientôt d’autres occasions.

 

 

Catégorisation des anciennes

 

Tout comme chez les petites nouvelles, les anciennes (étiquette vertes) se divisent en plusieurs catégories :

–       La femme d’expat qui rentre en deuxième année

La deuxième année arrive le cœur bien plus léger qu’elle ne l’avait en septembre dernier. Elle repense avec émotion à ses premiers pas dans cette ville et se félicite qu’un an se soit écoulé. Qu’elle soit devenue une figure incontournable de la communauté française ou juste une heureuse femme d’expat aux activités et à la vie sociale honorables, elle entend bien s’amuser à ce Café.

En effet, n’étant plus une novice, elle arrive délestée d’angoisses logistiques et de problèmes à résoudre du type « Où trouver un coiffeur qui parle Français ? », « Dois-je vraiment payer les heures supp’ de ma nanny ? », « Où acheter des rillettes ? », etc.

Déchargée de ce fardeau, elle erre à son gré dans le ball-room de l’hôtel et peut juger en toute liberté de l’opportunité ou non de créer de nouvelles amitiés.

 

–       La femme d’expat en dernière année

Tic-toc, il ne lui reste plus qu’un an dans cette ville. Pas la peine, pense-t-elle, de se faire de nouvelles amies. Cette année, elle va surfer sur ses acquis et profiter des dernières activités ou visites qu’elle n’a pas encore faites. Elle va s’appuyer sur ses fondamentaux : les copines arrivées en même temps qu’elles, et qui vont repartir à peu près en même temps qu’elle.

Le Café n’est donc pour elle que retrouvailles et joie de profiter de la vie (avant l’épreuve qui l’attend dans un an pile, Dieu seul sait où : tout reprendre à zéro).

 

–       La femme d’expat qui ne compte plus les années

On l’a déjà vu, il y a des expats qui ne bougent pas, jamais (ou une fois tous les 20 ans). Cette femme d’expat ‘’sédentaire’’ peut ainsi mettre les pieds au Café de rentrée pour la neuvième année consécutive, voire plus. Cela lui a laissé le temps d’affiner son discours et sa stratégie.

Si elle rêve de nouveaux horizons depuis des années (neuf par exemple), elle évite en général les serial expat. Trop d’expérience accumulée, trop de comparaisons avec trop de villes, trop de confiance face à l’acclimatation… La serial expat peut être très agaçante pour la sédentaire (qui, bien qu’elle ne l’avouera jamais, est impressionnée par l’énergie que la serial se doit de redéployer tous les trois ans).

A noter qu’il se peut très bien que la sédentaire soit très heureuse de s’être enracinée.

 

Mais quel que soit son état d’esprit, elle préfère miser sur celles qui vont rester longtemps. Elle guette les nouvelles qui disent que leurs maris ont investi dans des projets locaux ou sont venus monter une boite. Tout comme elle, elles ne vont pas se contenter de survoler le pays et sa culture (NDLR: Est-ce qu’on la croit ?). Mais surtout, cela repousse au plus l’échéance de déchirants adieux. Car la femme d’expat sédentaire ne s’attache plus si facilement, elle en vus partir plus souvent qu’à son tour et commence à être fatiguée d’être tout le temps celle qu’on laisse en plan.

 

–       Les ovnis

Au Café de rentrée, il n’y a pas que des femmes d’expat Françaises : on peut y croiser quelques étrangères mariées à des Français, des francophiles et/ou francophones qui pensent (les malheureuses) que les Françaises seront contentes de rencontrer une étrangère (comme si on venait au Café de rentrée pour ça !), des femmes qui bossent et qui se rient des activités proposées et, bien sûr, le courageux homme d’expat. Franchement, ça ne va pas être facile pour eux…

 

Ambition respective des participantes et interactions entre elles

 

En septembre, alors que la petite nouvelle a comme objectif de s’installer et de tenter d’apprivoiser sa ville, la femme d’expat qui rempile pour un an a de grandes ambitions. Elle arrive bardée de bonnes résolutions qui s’articulent beaucoup autour cette idée : rebondir, se réorienter, se réinventer…

Cette réinvention personnelle peut passer par des projets aussi divers que :

  • apprendre enfin la langue locale pour mieux s’intégrer ;
  • lancer un business (idée qui travaille, à un moment ou un autre, 99% des femmes d’expat) ;
  • aller explorer la vie au-delà de la Communauté française (c’est là que l’étrangère francophone vaguement croisée au Café de rentrée va prendre tout son intérêt) ;
  • finalement (et pourquoi pas?) chercher un job (ce qui veut dire re- faire son CV en Anglais, ce qui en fait prendra l’année et repoussera la recherche de job à l’année d’après) ;
  • faire du bénévolat, plus de sport, reprendre des études, laisser s’exprimer enfin l’artiste qui sommeille,…
  • prendre du temps pour soi (afin de mieux rebondir, mais plus tard) !

On comprend mieux qu’avec un tel programme, la femme d’expat ancienne ne peut pas s’embarrasser de petites nouvelles qui vont d’abord passer des mois à se repérer dans les supermarchés et à s’y retrouver dans la ville.

 

De toutes façons, tout ouverte d’esprit qu’elle soit (tout de même, elle vit à l’étranger, ce n’est pas rien), la femme d’expat aime à se réunir avec ses pairs. La petite nouvelle qui cherche une copine pour découvrir la ville ne pas s’acoquiner avec la vétérante qui ne tarit pas de critiques sur les locaux. La jeune Maman va se ruer sur qui pourra lui indiquer où acheter du lait en poudre (surtout pas de marque locale) plutôt que sur les quadragénaires en plein débat sur le Lycée français. La volontaire employée par une ONG dans le quartier pauvre de la ville n’ira pas souvent déjeuner avec la femme du ”numéro deux” de l’Ambassade.

 

⇒ D’où l’intérêt de bien étiqueter les femmes d’expat rencontrées lors du Café, CQFD.

 

 

 

 

 

13 Comments
  • Isabelle
    September 9, 2015

    Excellent : ça me rappelle des souvenirs, sauf que là où j’habite maintenant, on n’a pas de café de rentrée car pas du tout d’association d’accueil .. mais c’est bien résumé … et drôle..

    • My tailor /
      September 10, 2015

      Merci Isabelle ! Mais votre blog est un peu une assoc d’accueil à lui tt seul, non ? 😉 En ts cas, une mine d’info !

      • Isabelle
        September 11, 2015

        merci exact … c’est mon association d’accueil .. et chaque fois que je rencontre quelqu’un de nouveau ici, il connais mon blog .. c’est plutôt sympa …

  • Marie
    September 10, 2015

    Merci pour cet article… il tombe a pic…
    Fraichement arrivee a Mumbai il y a 10 jours ( je suis donc une “nouvelle”), j’ai fait mon cafe de rentree pas plus tard qu’hier. J’y ai retrouve toute la panoplie de femmes d’expat décrite dans l’article…je me suis régalée en le lisant !

    • My tailor /
      September 10, 2015

      Merci Marie !! J’espère surt que vs y avez passé un bon moment !Bonne installation à Mumbai !

  • pichot
    September 10, 2015

    Criant de vérité . très drôle!! Cela reflète bien la réalité 😉

  • Martine
    September 11, 2015

    Un régal! Comme toujours…
    Une suggestion pour l’année prochaine : celle qui ne va pas au café d’accueil et comment la rencontrer.

    • My tailor /
      September 11, 2015

      Merci Martine ! Les gds esprits se rencontrent… l’article sur la femme d’expat qui ne vient pas au café d’accueil est presque pret… A lire cet apres-midi !! J’espere juste que l’angle vs plaira…

  • bboris
    September 11, 2015

    “Qu’on arrête alors de plaindre l’homme d’expat ! Bien sûr, il est sous-représenté au Café de rentrée mais il possède un large avantage sur sa consœur la femme d’expat perdue dans la foule : celui de pouvoir reconnaître ses pairs au premier coup d’œil. Cela lui évitera bien des souffrances.”

    criant de réalisme ! super bon article; j’ai bien ri !

  • Marilyn August
    September 12, 2015

    Dommage que ce blog sympa, percutant et plein d’infos n’ait pas existe pas il y a …14 ans!

  • Thewissen
    September 15, 2015

    Tellement vraie cette caricature !
    Belle observation.
    Ca remonte le moral quand on a des petites moments de blues loin de tout …

  • gentile
    October 8, 2015

    c’est tellement vrai ! belle analyse! bravo!

    • My tailor /
      October 8, 2015

      Merci beaucoup !!

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