« Tout d’abord, bienvenue aux nouvelles ! »

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Vous voici à la porte du Café d’accueil de votre ville, prête à y jouer en quelques heures votre vie sociale 2016-2017. Afin de tirer profit au maximum de cette merveilleuse opportunité, je vous propose de ne pas perdre votre temps à tenter de nouer des amitiés sans lendemain. Pour y voir clair parmi les différentes catégories de femmes d’expat faisant leur rentrée, il est essentiel de leur coller des étiquettes.

La foule des participantes au Café de rentrée va être divisée en deux clans : les petites nouvelles (étiquettes bleues avec leur prénom et le nom de leur quartier) et les anciennes (étiquettes vertes).

 

Deux remarques en préambule pour éviter un trop gros choc :

  • Si vous attaquez votre première expatriation, attention les yeux : bienvenue dans un monde de filles ! Oui, vous allez être surprise et ce soir, sur Skype, vous répéterez 15 fois à vos amies de France : « Tu sais, j’ai à peine vu un ou deux hommes ! C’est fou ! Que des femmes !!! ». Sous-entendu : « Quelle horreur ! ».
  • Mais si vous êtes une femme d’expat qui a de la bouteille, préparez-vous aussi au choc, mais au choc inverse ! Statistiquement, vous verrez sûrement cette année un tout petit peu plus d’hommes que l’année dernière, et celle d’avant : « Je crois bien que j’en ai vu cinq, carrément ! Une vraie bande ! ».

 

Quatre conseils préalables pour favoriser l’amitié naissante entre femmes d’expat :

  • Si vous travaillez (et que vous avez posé votre demi-journée pour cet événement) ou cherchez un job, ne le dites pas, vous pourriez faire fuir.
  • Bien sûr, vous n’êtes pas célibataire !
  • Que vous en ayez ou non, parlez de vos enfants.
  • Faites toujours croire que vous habitez dans le même coin que votre interlocutrice car la femme d’expat bien implantée sort rarement de son quartier.

 

L’expatriée nouvellement débarquée : étiquettes bleues

Face à une étiquette bleue, la vraie question qui se pose, c’est :

« D’où arrive cette femme d’expat ? »

 

–       L’expat débutante

Elle arrive directement de… France !! C’est sa première expatriation, elle va se jeter dans le grand bain.

Il y a deux types de débutantes :

  • Celle qui ne voulait pas vraiment quitter Maubeuge

Si en plus elle est un peu timide, ça ne va pas être facile pour elle. Sa planche de salut : une autre débutante dont elle pourrait croiser le regard effrayé devant les petits fours. Elles pourront alors s’épauler face au coup dur qui leur est tombé dessus (si elles osent se parler).

  • Celle qui harcelait son mari depuis quinze ans pour qu’il se fasse muter à l’étranger

Elle, elle vit un rêve éveillé : elle jubile depuis que son avion s’est posé dans son pays d’accueil, à elle la Grande Vie ! Elle arrive au Café de rentrée le regard brillant. Il y a des chances pour qu’elle soit plus sociable que la débutante arrivée contre son gré. Ça devrait mieux se passer pour elle mais il faut la prévenir : elle est débutante, elle est en bas de l’échelle sociale des femmes d’expat présentes.

 

–       L’expat confirmée

Elle en est à son deuxième, voir troisième pays. Elle connaît donc les us et coutumes de ses amies femmes d’expat et s’avance sereinement dans le ball-room de l’hôtel. Elle va bien s’organiser car elle sait qu’après ces premières semaines un peu compliquées, elle va profiter pleinement de cette nouvelle ville.

 

–       La serial expat

Elle connaît tous les codes du Café de rentrée : elle en est à son 14e, répartis entre cinq villes, sur trois continents. Elle est en territoire connu et s’avance fièrement dans le ball-room. Fière, elle en a peut-être l’air, mais qui sait vraiment comment elle vit ce 14e Café de rentrée ? C’est qu’elle est bonne comédienne, question d’habitude. Dans le fond, elle est peut-être complétement démoralisée de devoir relancer toute sa vie sociale à partir de zéro pour la cinquième fois en 14 ans. Cette fois-ci, elle serait bien restée un peu plus longtemps à profiter de ses copines au lieu de déménager encore. Allez, courage, elle sait qu’il suffit de deux ou trois rencontres sympas pour relancer la machine.

 

L’expat confirmée et la serial expat, toutes deux fraichement débarquées, pensent pouvoir capitaliser sur leurs expatriations passées pour créer des liens.

Mais attention : la valeur n’attend point le nombre des pays.

Hein ???

Oui, il y a pays et pays et tous n’ont pas la même valeur. Il y a des pays ‘’faciles’’ et des pays réputés comme étant ‘’durs’’, il y a des pays ‘’placard’’ et des pays ‘’tremplin’’ dans la carrière d’un bon expatrié, il y aussi des pays qui n’intéressent personne.

Pour se positionner face à une éventuelle future amie, la femme d’expat procède à un nouvel étiquetage, chacune possédant sa propre échelle de comparaison en fonction de là où elle vit. Ainsi, à un Café de Dacca Accueil, une expat arrivée de Rangoon pourra passer pour une petite joueuse, voir une nantie. Ce qui ne risque pas franchement de lui arriver à la rentrée de Singapour Accueil.

Attention aussi au froissage d’ego quand vous annoncez le pays dont vous arrivez. L’expatriée installée depuis belle lurette dans un pays riche ne voit pas toujours arriver d’un bon œil celle qui vient d’un pays peu développé : elle risque de dénigrer la facilité de sa vie. A l’inverse, il faut toujours se méfier de celle qui débarque d’un pays dynamique et pointu, il ne faudrait pas qu’elle nous prenne pour des ploucs (non mais ho !).

 

 

Enfin, dans un souci d’étiquage précis, gardez à l’esprit cette subtilité – surtout si vous n’avez pas prononcé un mot d’Anglais depuis votre oral du Bac – et repérez :

–       L’expat qui arrive d’un pays anglophone

 On parle ici des vrais pays anglophones, pas des pays où on baragouine l’Anglais sous prétexte qu’on n’a pas appris la langue locale. Exemple simple mais si parlant : l’expatriée qui arrive des Etats-Unis, méfiez-vous d’elle, il doit y avoir du niveau.

Face à une expatriée arrivée de Londres, gardez confiance : elle a très bien pu passer entre les gouttes et à ne vivre qu’entre Français sans jamais parler à un Britannique en quatre ans.

 

Bref, chaque nouvelle arrivante est observée et la valeur de son expérience est mathématiquement calculée : deux ans à Dresde, ce n’est pas pareil que deux ans à Tokyo. Mais un an à Luanda pourrait en valoir cinq à Miami. Oui, on ne s’en rend pas toujours compte mais le cerveau de la femme d’expat tourne à plein régime pendant le Café de rentrée.

 

La question qu’on se pose pour jauger de l’éventualité d’une amitié après « D’où arrive cette femme d’expat ? » est :

« Cette femme d’expat est-elle bien lotie ? »

 

Pour répondre à cette question de fond, il faut savoir quel poste occupe son mari. Car, si l’homme expatrié, le mari de notre héroïne, est le grand absent du Café de rentrée, son ombre y plane, flanquée de l’intitulé de son poste et des éventuels avantages qui vont avec.

La femme d’expat étant femme avant tout, être humain à part entière, et non pas uniquement ‘’la femme du Directeur de L’Oraél’’, elle ne va pas demander de prime abord « Il fait quoi ton mari ? ». Non, elle va préférer aller à la chasse aux indices. Connaître le quartier où vient de s’installer la petite nouvelle est un bon indicateur du salaire de son mari et du niveau de vie qui va être le leur. Niveau de vie qui, chez les expatriés, peut hélas condamner des amitiés dans l’œuf.

Une femme d’expat bien renseignée saura qui est parti l’année dernière et donc quels postes sont vacants. Sachant que l’expatrié fraîchement débarqué hérite souvent de l’appartement de son prédécesseur, en quelques questions, l’énigme sera résolue.

 

Voilà pour les étiquettes bleues. Comme le dira la présidente de l’association d’Accueil en démarrant son discours : « Tout d’abord, bienvenue aux nouvelles ».

Là, elle se met le doigt dans l’œil : 80% des femmes d’expat présentes se contrefichent (pour le moment) des 20% de nouvelles présentes. Ces ingrates (qui ont été des petites nouvelles en leur temps, faut-il seulement le rappeler?), ce sont les ”anciennes”: les femmes d’expat qui rempilent pour un an…

Nous les étudierons demain…

 

 

10 Comments
  • Daphné
    September 3, 2015

    J’adore! C’est tout-à-fait ça! J’ai hate de lire la suite!

  • Framboise
    September 3, 2015

    Chouette Mathilde !
    J’en ai des pas mal non plus sur les recruteurs au Café de rentrée et durant les Events de l’année.
    Et pour le cap des 5 ans, NO STRESS, tu m’as l’air d’une Queen.
    On attend la suite de tes aventures.

  • Rose comme trois pommes
    September 4, 2015

    J’ai lu ton article il y a deux jours, et je l’ai vécu ce matin ! C’était trop drôle, j’y ai pensé tout le temps.
    Les étiquettes des nouvelles, l’ombre du mari, les mondanités entre “anciennes”…
    Bref, à Bangkok ou à Vienne (ou ailleurs) même combat !
    (et encore c’était même pas le grand accueil mais sa préparation !)

  • Helene
    September 23, 2015

    Fantastique typologie ! Décidément, votre regard perçant sur la femme d’expat est bien savoureux. Au passage, vos billets tournent à fond sur les pages FB du réseau (ex)-femmes d’expat en Inde 😉 On adore toutes, continuez !

    • My tailor /
      September 24, 2015

      Merci pour votre message !!! Super !! Faites tourner, faites tourner, je suis ravie 😉

  • Anne
    September 25, 2015

    Je viens de découvrir votre blog, tout est tellement bien vu, c’est excellent! Bravo!!

    • My tailor /
      September 25, 2015

      Merci Anne !!

  • Robert
    October 22, 2015

    Je me marre sur chacun de tes articles, même en tant qu’homme (expat), parce que tes descriptions sont vraiment très très justes !
    Grand absent de ce blog pour l’instant : l’homme expat, justement ! Et les descriptions du bordel logistique d’organiser des week-ends entre amis.
    Au plaisir de lire tes prochains articles.

    • My tailor /
      October 28, 2015

      Merci bcp Robert 😉 L’homme d’expat, j’y bosse justement mais ce n’est pas facile !!

  • Emilie
    September 21, 2016

    Très bien vu ! On s’y croirait. De mon côté, le café rencontre aura lieu lundi prochain et promis, j’irai vers les nouvelles 😉

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