Petite soirée entre expats

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Alors que j’ambitionne sur ce blog de vous dépeindre la vie des expatriés, mes articles ne se sont encore jamais aventurés en dehors de la communauté Française. A trop me lire, on pourrait croire que les expatriés Français vivent entre eux dans des pays vides. Ce qui n’est absolument pas le cas. L’expatrié Français vit entouré des locaux de son pays d’accueil et aussi d’autres expatriés d’autres nationalités. Inexorablement, il va nous falloir parler un jour des rapports qu’entretiennent les ‘’Français de l’étranger’’ avec ces ‘’étrangers de l’étranger’’. Gros dossier en vue.

Mais avant de nous lancer dans ce sujet de fond, tentons une expérience. Plongeons quelques sujets non-Français un samedi soir dans une soirée de Français et observons la réaction de nos chers compatriotes.

 

Voici les profils qui se dégagent :


– Le Français open-minded exalté

Ce Français là ne s’est pas expatrié pour voir des Français. Si il vit au bout du monde, c’est pour y vivre une expérience culturelle incroyable et s’ouvrir à l’Autre. Durant toute la soirée, il va donc se jeter avec frénésie sur les étrangers présents, snobant allégrement ses amis Français. Ceux-là même avec qui il ira bruncher le lendemain matin et auprès desquels il pourra s’enorgueillir d’avoir passé une soirée ‘’internationale’’ si sympa (« Quel dommage que vous soyez restés entre vous, vous ! »).

 

– Le Français froid et fermé, pardon : complexé

Le pauvre, il passe pour quelqu’un de froid et fermé mais il est en réalité trop complexé par son niveau d’Anglais pour engager une conversation. De temps en temps, il arrive tout de même à s’encanailler et à discuter quelques minutes avec un étranger. Par exemple, un Suisse ou un Belge. Lui-même n’en revient pas, la vie d’expat est si exotique !

 

– Le Français un peu snob en manque de repères

Dans la vie, celui-ci aime bien savoir à qui il a affaire. Il a besoin de retrouver des codes sociaux bien clairs dans la personne à qui il va s’adresser. Est ce que ce Suédois est un gros plouc ? Ou est ce que c’est juste que en Suède tout le monde porte des chemisettes bariolées (auquel cas, je pourrais lui parler)? Dans le doute, il est toujours plus prudent de s’abstenir de tout faux pas social.

 

– Le Français qui souffre

Bien qu’il vive dans un pays exotique et que son sort fasse rêver tous ses amis en France, ce Français là n’en peut plus (de toutes façons, il ne voulait pas venir) ! La vie dans son pays d’accueil est déjà assez difficile comme ça, il ne va pas en rajouter et s’embêter à discuter avec des gens qui ne parlent pas sa langue. Pendant la soirée, il attend avec impatience que le DJ passe les Lacs du Connemara, cette belle chanson qui lui rappelle la France.

 

– Le Français en fin de contrat

C’est mathématique : il a un contrat de 3 ans et entame sa dernière année. Lui de toutes façons, Français ou étranger, il ne parle à personne de nouveau, c’est pas la peine. Il a déjà ses amis et ils vont lui suffire pour l’année qui reste.

 

– Le Français poli et consciencieux

Il a envie de faire plaisir à ses hôtes qui ont fait l’effort d’inviter des étrangers. Au début de la soirée, il va donc rassembler tout son plus bel anglais pour discuter avec des inconnus. Inconnus qu’il laissera ensuite tomber pour le restant de la soirée puisque ça y est, il l’a fait son effort.

 

– Le Français qui est en week-end

Lui, il bosse beaucoup mais surtout il est le seul Français de sa boîte. Il a donc décidé il y a longtemps que le week-end, il fait relâche. Des étrangers, il en voit toute la semaine au boulot: le week-end il ne prononce jamais un mot d’Anglais et ne voit que des compatriotes. Lui aussi, il attend les Lacs du Connemara.

 

– L’expatrié Français de bonne volonté

C’est vrai que cette expérience au bout du monde serait encore plus enrichissante si on voyait plus souvent des étrangers… mais pfouuuu, c’est difficile…

 

– Le Français sélectif

Celui-ci a des idées très claires sur toutes les nationalités du monde et donc choisit à qui parler, ou non. Selon lui, il est inutile d’investir le moindre effort social sur certaines nationalités. Il y en a même qui sont carrément à fuir. S’il est un expatrié bien rodé, il vous dira souvent : « Pas la peine d’essayer d’être amis avec des ???, tout ce qui va les intéresser c’est de savoir combien tu gagnes et combien tu as payé ta voiture.» Il va plutôt passer sa soirée avec Français et essayer d’en apprendre un peu plus sur leurs packages dorés

 

– Le Français joueur

Celui-ci va prendre la soirée comme un grand terrain de jeu et va essayer de dégoter la nationalité la plus originale pour raconter ensuite par Skype à ses amis qu’il a discuté avec un Zimbabwéen samedi soir (ça, ça passe avec l’âge. Oui, j’suis vieille).

 

– Le Français rationnel

L’été, en France, quand on lui demande s’il voit d’autres gens que des Français, il prend des grands airs pour expliquer qu’il est au-dessus de tout ça. Ce qui compte à ses yeux, ce n’est pas la nationalité mais si les gens sont sympas ou non. Il ne choisit pas ses amis en fonction de leur nationalité. Il pourrait même aller jusqu’à vous affirmer qu’il ne s’est jamais demandé de quelles nationalités étaient certains de ses amis (là, il va faire semblant de réfléchir). Pendant la soirée, le hasard va faire qu’il ne va parler qu’à des Français (ils sont tellement plus sympa!).

 

– Le Français décomplexé

Lui, l’été, quand on lui demande s’il voit d’autres gens que des Français, ça l’amuse qu’on lui pose encore cette question. Il y a bien longtemps qu’il ne se fait plus un devoir de voir (ou faire croire qu’il voit) des étrangers. Il a une vie sympa dans son pays d’accueil, entouré de plein de Français qu’il aime. Ça lui va très bien et il va profiter tranquillement de la soirée.

 

Face à une telle sérénité, on ne peut que s’interroger sur le bien fondé de cet article.

Pourquoi donc Mathilde (l’auteure de ce blog brillant) nous bassine-t-elle depuis 12 paragraphes pour savoir si on parle aux étrangers dans les soirées ? Peut-être pense-t-elle que l’on pourrait s’en faire des amis ?

Mais pour quoi faire ?

To be continued… comme disent nos amis étrangers, si tant est qu’on en ait.

5 Comments
  • lucie
    September 23, 2015

    “Pas la peine d’essayer d’être amis avec des ???” ==> je me souviens avoir entendu ça il y a bien longtemps mais j’ai pas trop compris la logique derrière, tout le monde est intéressant (bon ok pas tout le monde mais une bonne partie des gens). Ces clichés je les ai entendu mais de la part de “vrais expats” ceux qui sont envoyés par des boîtes française avec un job/contrat sur place mais j’ai rarement entendu ces réflexions de la part de gens qui sont allés par eux-mêmes à l’étranger. Enfin, je ne peux parler que pour l’Angleterre et la Roumanie car ce sont mes deux expériences d’expatriation mais je trouve qu’il y a une différence entre l’expat envoyé par sa boîte et celui qui a pris son sac à dos pour aller voir comment ça se passe ailleurs. As-tu aussi remarqué cette différence?

    • My tailor /
      September 24, 2015

      Mais justement, je trouve que ce n’est pas si simple. On a des surprises parfois ! Les plus ”open minded” ne sont pas toujours ceux qu’on croit… 😉

  • Susannah
    September 23, 2015

    Bonjour, j’ai bien apprecie ton article! En tant qu’anglaise mariee a un francais et vivant tous les deux a l’etranger, je reconnais pleins de ces petits personnages. Et ca me rassure parce que je commencais a me demander si je ne portais pas assez de deo. En tout cas je me rassure aussi en me disant que ce n’est pas tout le monde qui apprecie mon humeur un peu Mr Bean melange avec un petit nuage de sarcasme et ironie…….

    • My tailor /
      September 24, 2015

      Ah le couple mixte… Tout un sujet… Je te rassure, mon mari (Anglais) n’est pas un grand fan de ces soirées françaises… Et moi, je ne suis pas une grande fan des soirées sans le moindre Français !! 😉

  • Anne
    May 5, 2016

    Ah j’adoooore! Étant moi-même belge, mariée avec un Équatorien, ayant vécu ma première expat là-bas (“chez lui”) puis ensemble aux USA et maintenant en Australie, je reconnais beaucoup de tes personnages surtout lors de ma vie en Équateur, mais maintenant aussi… Hilarant! Les gens qui ne voient les autochtones que sous leur lorgnette bien de chez eux, et qui ont toutes les difficultés du monde à se mettre à la place des autres, quels qu’ils soient 🙂 … Moi j’aime bien me retrouver entre Belges/francophones, et maintenant aussi entre “Latinos” (puisque j’en suis un peu une aussi, par procuration), mais ayant fait des études à l’université ici et depuis que j’ai un boulot aussi, j’ai plusieurs groupes d’amis et collègues australiens avec qui j’adore passer du temps! Bien sûr on a des tas de différences, mais comme je dis à mes enfants, essayons de prendre ce qu’il y a de bon dans les cultures, et n’adoptons pas ce qui n’est pas si bien – mais qui sommes-nous pour juger, en fin de compte?
    Et c’est ce remaniement constant de nos personnalités qui rend drôlement intéressants les retours “au pays”, car nous avons réellement essayé d’évoluer (espérons-le, positivement…), et ceux qui sont restés géographiquement sont en général restés statiques dans leur comportement, lui aussi.
    En tout cas merci pour le blog qui nous fait sentir moins seul(e)s dans notre petit coin du monde!

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