Mon combat contre Shakespeare

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Amis lecteurs, vous le savez déjà : la langue maternelle de mon fils est sa langue paternelle. Oui, Eugène a un très fort penchant pour la langue de Shakespeare et ce depuis ses premiers gazouillements – ou “tweets”, should I say (shouldn’t I ?).

Quand j’ai commencé à entrevoir cette cruelle réalité autour de ses 18 mois, j’ai décidé de me battre. Mon ami Google m’avait appris qu’il existe deux principales techniques d’éducation des petits bilingues. Aujourd’hui encore, je pèse le pour et le contre de chacune et essaie de les adapter, à ma sauce, afin de faire pencher la balance linguistique de Eugène en ma faveur.

 

  • Règle 1: “Un environnement, une langue”

La règle :

Ce n’est pas la règle dominante mais il y a des gens qui font ça et il parait que ça marche. Ils choisissent de ne parler qu’une seule langue à la maison et ils en parlent une autre à l’extérieur (très souvent, la langue du pays où ils vivent). Pour convenances personnelles (les miennes), ce n’est pas la règle que nous appliquons chez nous.

Mon interprétation personnelle pour mettre toutes les chances de mon côté :

Si on avait choisi cette règle, j’aurais bien évidemment milité pour que la langue à la maison soit le Français. Ensuite, face au penchant affiché de Eugène pour l’Anglais, je me serais sans doute vue contrainte d’agir et donc de limiter son exposition à la langue de “l’extérieur”. Bref, nous aurions du sortir le moins possible de l’appartement. Pas très gai comme perspective.

Pourquoi je n’ai pas choisi cette règle :

Principalement car cette technique m’aurait obligée à m’exprimer en Anglais en public beaucoup plus que je ne le souhaite. Si je devais parler Anglais dès le pas de la porte passé avec Eugène, toute son école, tout notre immeuble, tout notre supermarché (Aie, ma vie se limite-t-elle vraiment à ces 3 sphères ?…) se rendraient compte du véritable niveau d’Anglais de Madam Petterson… L’idée me chiffonne.

Il y a la forme mais il y a aussi le fond. Qu’on se rende compte que je fais des fautes en Anglais est une chose… mais qu’on comprenne la nature de mes conversations avec Eugène en est une autre, bien pire.

Est-il vraiment bon que les gens sachent que j’incite mon fils à se moquer de la coupe en brosse des petits Thaïlandais ou de leurs habitudes alimentaires ? Ou qu’ils se rendent compte des négociations, chantages, menaces (toujours prononcés sur un ton très mesuré en public) que j’exerce à son encontre à tout bout de champ pour le faire tenir tranquille ? Je ne pense pas, je tiens à passer pour une mère équilibrée.

 

  • Règle 2: « Une personne, une langue »

La règle :

C’est la règle la plus répandue dans les familles multilingues et celle qu’on applique : chaque adulte doit s’adresser dans sa langue maternelle à un enfant, lequel enfant se fait un devoir de répondre dans cette même langue. Logiquement Eugène devrait parler moitié Anglais / moitié Français. Le ratio devrait même être plutôt en ma faveur car, franchement, je suis beaucoup plus bavarde que mon mari.

Mon interprétation personnelle pour mettre toutes les chances de mon côté :

Puisqu’on applique la règle à la lettre mais que Eugène ne s’exprime (presque) que en Anglais, il va me donc falloir biaiser. Une mesure drastique serait de limiter le temps de parole de Tim. C’est très envisageable. Pour cela, je pourrais lui couper la parole sans cesse, occuper le terrain non-stop en jacassant toute la journée, pousser Tim à la bouderie… Je pourrais aussi répéter en double chacune de mes phrases à Eugène, ou me lever la nuit pour aller murmurer à son oreille… Bref, je ne manque pas d’idées.

Pourquoi j’ai choisi cette règle :

Déjà, car elle est largement plébiscitée par les pédopsychiatres. Mais surtout car elle me convient bien. J’aime que les gens à l’extérieur ne comprennent pas ce que je raconte à mon fils mais il y a aussi des moments à la maison ou j’aime que nos invités ne me comprennent pas… Et qui donc est invité souvent, très souvent, à la maison ?… Mes beaux-parents bien sûr ! En ne parlant que Français à Eugène devant eux, je peux lui dire absolument tout ce que je veux sur, pardon, devant ses grands-parents en toute impunité !

 

Voici ici un nouveau sujet qui pointe le bout de son nez mais que je vais devoir prendre avec des pincettes : mes beaux-parents British… Hi, hi, hi… mais pourquoi donc prendre des pincettes me direz-vous puisque eux (encore moins que Eugène) ne parlent pas un mot de Français ?…. Parfois je vous l’accorde, la langue de Shakespeare a du bon.

 

3 Comments
  • Arnaud
    April 30, 2015

    Travailles ton accent anglais on t’enverra nos petits francais en échange linguistique chez toi!! Eugène sera un correspondant génial.

    • mytailorisanexpat
      May 1, 2015

      Pas de problème, envoie moi tes petits Français, mais pas tous d’un coup !

  • Anne-Laure
    April 10, 2017

    ah ah je découvre votre blog et chez nous c’est pareil Papa anglais maman Française!! expatrié mais en Afrique ! je rigole de nos similitudes !!

    Merci 🙂

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