Mes vacances chez les expats

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« Non, je n’aime pas squatter chez les expatriés quand je visite un pays ! »

 

Alors que les expatriés aiment à se plaindre qu’ils sont assaillis de demandes d’amis d’amis qui aimeraient bien squatter chez eux, il est des voyageurs qui pour rien au monde ne profiteraient de leur hospitalité. Certains préfèrent en effet aller à l’hôtel lorsqu’ils sont en vacances.

Si Gérard T. a été en son temps un visiteur d’expat, il est aujourd’hui repenti. Jamais plus, on ne l’y reprendra. Pour que d’autres ne reproduisent pas ses erreurs et ne voient leurs vacances gâchées par la promiscuité avec un expatrié local, Gérard sort de son (trop) long silence.

Un témoignage édifiant.

 

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De fausses économies

Puisqu’on parle d’expatriés, attaquons d’emblée par un sujet qui leur tient à cœur : l’argent. Quand vous demandez à un ami expatrié si vous pouvez dormir chez lui quelques nuits, il vous prend directement pour un pingre qui veut économiser quelques dollars sur son dos. Mais il faut bien savoir que dormir chez un expat est très loin d’être une solution économique.

Bien entendu, vous êtes quelqu’un de bien élevé et vous allez prévoir un petit cadeau pour votre ami qui vous accueille. C’est aussi la moindre des choses que de l’inviter à dîner un soir au restaurant (de son choix). Tout cela n’est pas grand-chose…

Car quelques semaines avant vos vacances, votre ami de l’étranger va vous envoyer une ‘’petite’’ liste de choses qu’il aimerait que vous lui rapportiez de France (sans se demander aucunement à combien de kilos de bagages vous avez droit, vous qui ne voyagez pas en business). Des petites choses, trois fois rien, qui lui manquent tant et qui sont introuvables dans son pays (sa pharmacie pour l’année, les cadeaux de Noël de ses enfants, quelques bonnes bouteilles…). Le sort d’un éventuel remboursement de ces achats n’apparaît dans aucun des emails que vous vous échangez avant votre départ… A vous donc de voir si à peine débarqué chez cet ami qui vous accueille à bras ouverts, vous allez lui tendre une belle collection de tickets de caisse, histoire de bien commencer votre cohabitation.

 

Expatrié vs. Guide de voyage

Une fois bien installé chez votre ami, attention au guide de voyage que vous allez sortir de votre sac ! Si c’est un Guide du routard, honte à vous. Devant votre hôte, mieux vaut dégainer un Lonely planet. Méfiez-vous également si vous ne l’avez pas acheté en version originale. L’expatrié va s’esclaffer : « Wha, un Lonely en Français !? Ça faisait des années que je n’en avais pas vu un ! Ils les traduisent toujours ?? Mais, franchement, c’est utile à qui ? » (« Ben, à moi »).

Bien. A partir de là, quelque que soit le guide de voyage que vous aurez en votre possession, votre ami expatrié en saura toujours plus que lui (ou que toute autre étude sociologique ou politique consacrée à son pays que vous auriez pu lire). Egalement, votre guide sera toujours truffé d’informations erronées. Et votre ami expat de rétablir toutes les vérités. Soit votre guide se trompera complètement, soit – beaucoup subtil – votre ami vous dira « Ça c’est la version officielle mais la vérité c’est que… ». Heureusement que vous serez en vacances et, donc, pleinement relaxé et patient.

 

L’expatrié sort beaucoup des sentiers (touristiques) battus

Les guides de voyage ont décidément tout faux. Quelle est donc cette idée d’aller visiter la Tour Eiffel alors que votre ami expatrié connaît à l’autre bout de la ville un magnifique petit building des années 60 complètement inconnu des guides touristiques ? (Il doit bien y avoir une raison à cela, non ?) Bref, votre ami aura plein d’autres idées de parcours pour vous plutôt que de vous laisser bêtement visiter des monuments incontournables mondialement connus.

Fuyant les pièges à touristes il se donnera pour mission de vous montrer le VRAI visage de sa ville, c’est-à-dire les endroits fréquentés assidûment par tous ses amis expatriés et lui et vous emmènera diner dans des restaurants internationaux ou Japonais branchés. C’est vrai ça, vous n’allez pas venir en Thaïlande pour manger Thaï (lui, ça ne lui arrive plus jamais). Des restaurants Thaïs, il y en a tellement à Paris, vous ferez cela à votre retour.

Si vous réussissez à vous échapper seul pour une petite visite, quand vous rentrerez le soir, l’expatrié lorgnera tous vos achats. Il vous demandera combien vous avez payé chacun de vos souvenirs et vous dira TOUJOURS que vous vous êtes fait avoir, sourire ironique à l’appui quand vous vraiment acheté le truc le plus touristique du pays. Il se proposera de vous faire découvrir de VRAIES jolies choses locales dans des petites boutiques inconnues des guides de voyage. A vous de lui expliquer: « Non, je ne rêve pas de rapporter de Thaïlande une chaise scandinave faite par un designer local, moi ce que je veux c’est un tee-shirt ”I love Bangkok” avec un éléphant dessus et un porte-clé tuk-tuk !! »

Bref, votre ami se moquera constamment des touristes… Mais que vous pense-t-il donc que vous faites dans son pays, exactement ? Une visite de courtoisie ?

Haaa… la courtoisie… ! Toujours, il vous faudra la cultiver pendant votre séjour car votre ami expat va vous harceler pour savoir si vous adorez bien sa ville. Lui qui s’en est plaint non-stop tout l’été dernier, honte à vous si vous vous permettez d’émettre la moindre petite critique ! Vous serez taxé d’étroitesse d’esprit, de racisme, de manque d’esprit d’aventure…

 

Une prise d’otage touristique (et psychologique)

Votre hôte de l’étranger aura beau vous avoir dit en avance « Je te donnerai les clefs, tu seras autonome et tu pourras aller et venir comme tu veux », soyez assuré qu’il va vous coller 24 heures sur 24. Il avait dit qu’il serait débordé mais qu’il « essaierait de se libérer, un peu, pour vous », il semblera soudain ne pas avoir de contraintes ou d’horaires fixes. Il se fera un devoir de vous accompagner partout, même si (en faisant un peu de forcing) vous allez visiter des monuments très touristiques qu’il vous dira avoir déjà visité 4 fois (« et ça ne vaut pas tellement le coup, crois-moi »).

Attention car là encore, votre budget des vacances va en prendre un coup. Si votre ami vous accompagne partout, c’est par gentillesse, pour vous aider (pas du tout car il est en manque de contacts humains), alors ce serait quand-même plus correct de votre part de l’inviter (de toutes façons, il n’aura rien sur lui). Payez-lui son entrée à ce musée qu’il n’aime pas tant que ça mais que vous voulez vraiment visiter, réglez tous les transports lorsqu’il vous fixera d’un air insistant sous-entendant ”Moi qui serais bien resté tranquille à la maison aujourd’hui”, invitez le au déjeuner même si vous n’aimez rien de ce qu’il a commandé pour vous deux…

24 heures sur 24 avec votre ami expatrié… à l’écouter vous expliquer ses 4 vérités sur son pays d’accueil, ce qu’il faut y visiter (et comment s’y rendre), ce qu’il faut choisir dans les restaurants (et comment s’y tenir), quoi photographier (et sous quel angle), quoi rapporter comme souvenir (et à quel prix)… Jour et nuit à le supporter … car il vous empêchera même d’aller vous coucher. Et forcément, un soir, après son 15e gin-tonic, votre ami de l’étranger va avoir un coup de blues et vous dire que sa vie de rêve (ha bon, où ça ?) n’est pas si facile que ça. Il sait bien que vous l’enviez tant (ha bon?) mais tout n’est pas tout rose pour lui. Ce n’est pas son genre de critiquer les locaux mais quand-même, parfois… Il ne sait pas ce qui le retient de rentrer, mais la conjoncture, les impôts en France…

Dès qu’il aura fini sa diatribe, sa femme vous sautera dessus pour vous dire qu’elle vit dans une cage dorée, qu’avant elle avait une superbe carrière, qu’il ne faut surtout pas croire qu’elle ne fait rien de ses journées (les apparences peuvent être trompeuses)… De simple touriste, vous allez devenir confesseur, psychologue, thérapeute de couple… Jamais le gérant d’un hôtel ne vous en demanderait le dixième…

 

Heureusement… l’expatrié n’est pas là pour toujours

Si votre ami expat habite une ville de rêve après avoir passé quelques années dans un trou perdu, il ne pourra pas s’empêcher de vous dire à tout bout de champ « Ah ben, ça, quand on habitait à Peschanyy on ne t’a pas beaucoup vu ! » Vous aurez beau lui rappeler que durant les deux ans qu’il a passé là-bas, il n’a fait que se plaindre de sa ville, et que pendant ce temps, vous avez eu des jumeaux et êtes tombé gravement malade, il ne trouvera jamais cela normal que vous n’ayez pas posé deux semaines pour aller vous morfondre avec lui.

A propos de se morfondre, on n’en est plus très loin… même dans cette ville incroyable qui vous a fait rêver pendant des années…  Mais quand-est-ce que votre ami repart dans un trou perdu pour que vous puissiez profiter tranquillement de vos vacances ?!

 

 

 

 

 

 

 

7 Comments
  • Jeanne
    January 12, 2016

    Hi hi hi ! Et ceux qui vous refont tout votre circuit dans le pays en vous demandant pourquoi vous n’avez pas posé 2 mois de congés !!
    Encore si bien vu, merci et bonne année !

    • My tailor - Mathilde
      January 12, 2016

      Ah oui, pas mal ceux-la aussi ! Merci Jeanne

  • Delphine
    January 12, 2016

    Hahaha. Oui c est vrai. Nos amis nous manquent et on peut parfous en faire trop quand ils nous rendent visite. 😉

  • Philou Passe
    January 12, 2016

    Il existe aussi l’option d’aller chez des expatriés un peu moins cons (c’est facile à repérer, en général ils évitent les expats).

    Parce que lui, il m’a l’air plus stupide qu’expat, et le genre de personne qui serait un peu pénible partout, expatrié ou pas.

    • baley lou
      January 24, 2016

      Exactement ! Il y a aussi des expats intelligents, qui sont vos amis et que vous choisissez d’aller voir ! non “l’expat relou et sans interet ” que vous decrivez ..

      • Meline
        March 17, 2016

        Enfin je crois que cet expat en fait un peu trop, justement pour que Gerard ne revienne pas trop vite… Il faut etre clair dans sa tete: Gerard vient squatter ou il vient reellement rendre visite a l’expat…C’est normal que l’expat le colle, tant de longues journees a guetter les francais dans les bus, les lieux publics, et meme au supermarche….

        • My tailor - Mathilde
          March 18, 2016

          Hé hé !!!

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