La femme d’expat se rebelle

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Alors que vous rentrez le cœur léger du Café d’accueil de votre ville, votre téléphone sonne. Elle n’a pas perdu de temps, c’est votre amie qui « pour rien au monde, ne mettrait les pieds à l’association d’Accueil ». Elle vient aux nouvelles.

 

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il y a des femmes d’expat qui ne vont pas au Café de rentrée. Pas parce qu’elles ne sont pas au courant, non. Parce qu’elles n’en ont pas envie. Je sais, c’est difficile à croire.

Parmi ces femmes d’expat qui ne font rien comme tout le monde, on trouve deux grands courants de pensée :

 

1- La femme d’expat qui n’est pas intéressée par le Café de rentrée

Cette femme d’expat sait qu’il y avait une réunion de rentrée dans votre ville cette semaine mais ça ne l’intéresse pas plus que ça. Qu’elle travaille ou non, qu’elle soit solitaire ou bien entourée, elle n’éprouve aucun besoin de se joindre à la foule frétillante des Françaises en pleine rentrée. Le pire, c’est qu’elle est gentille : elle ne vous juge pas quand vous lui annoncez (un peu honteuse si vous n’êtes pas nouvelle) que vous y allez.

Elle est vraiment sympa cette fille, bien dans ses baskets, équilibrée, indépendante… Bref, passons tout de suite à la femme d’expat qui déteste le Café de rentrée.

 

2- La femme d’expat qui déteste le Café de rentrée

Elle vous a ri au nez la semaine dernière quand vous lui avez proposé d’aller ensemble au Café de rentrée (toujours y arriver groupées, vous aviez pourtant raison). Car elle, c’est une rebelle. Une vraie de vraie.

Depuis sa plus tendre enfance, elle refuse de suivre le troupeau et préfère cultiver sa singularité et son indépendance. Maintenant qu’elle est expatriée, elle fustige les femmes qui ne travaillent pas (même si, elle non plus, n’a rien trouvé), les bandes de filles en général et surtout les Français(e) replié(e)s sur eux(elles)-mêmes.

On ne la remarque pas forcément au premier coup d’œil. Elle n’a pas de piercing ou de tatouage, ni de tee-shirt ‘’No futur’’. Cachée sous les traits d’une femme d’expat lambda, elle son truc, c’est de se moquer de l’association d’Accueil.

Pour cela, elle ne rate aucune occasion. Tout est bon, depuis le concept même du Café de bienvenue, jusqu’au thème du Gala annuel ou le choix des activités (A ce sujet, je précise pour qui voudra bien m’entendre que l’organisation d’ateliers macramé ou sculpture sur légumes s’apparente à de la provocation pour elle). Elle crie haut et fort qu’elle n’a pas besoin qu’on la prenne par la main pour lui faire découvrir la ville, ni qu’on lui planifie ses activités hebdomadaires. Merci bien !

La rebelle tendance anarchiste n’aime pas l’autorité et la hiérarchie. Déjà, en primaire, elle n’aimait pas les délégués de classe. Elle pense donc que devenir Présidente d’une association d’Accueil est la pire chose qui puisse arriver à une femme d’expat.

 

On a envie de la trouver antipathique cette rebelle mais gardons en tête que pour elle, ce n’est pas facile tous les jours. Son allergie à l’association d’Accueil lui complique la vie. Un simple exemple : elle adorerait monter un club de bridge (oui, la rebelle n’est pas que super cool) mais le sujet est déjà bien trusté par l’association. Devant l’impossibilité de trouver des partenaires qui ne soient pas ‘’encartées’’ association d’Accueil, deux options : devenir membre à son tour, ou abandonner. Elle fait souvent face à des choix cornéliens de ce type. Un autre exemple : comment acheter un billet pour un concert de charité sans perdre la face, alors qu’il faudra aller retirer son ticket chez la trésorière de l’association partenaire de la soirée ?…

Bref, la vie de la femme d’expat rebelle n’est pas de tout repos. Soyons indulgentes avec elle.

 

 

  • En ce jour de Café de rentrée (1)

En ce jour de Café de rentrée, notre femme d’expat rebelle s’est organisée pour être très occupée. Mais en milieu d’après-midi, un petit flottement dans son agenda va la faire craquer. Elle n’en peut plus, elle vous appelle. Après vous avoir demandé si vous allez bien et vous avoir dit qu’elle passe une super journée (avec sa copine Américaine), enfin elle vous demande : « Alors, c’était bien le Café de rentrée ? ». Ohhhhhh, comme elle aimerait accentuer encore plus le petit ton moqueur qu’elle a pris… mais elle se retient car elle sait que si elle veut de l’info, il ne faut pas trop vous pousser.

Car si elle « aurait préféré mourir que venir », elle attend tout de même de vous un debrief complet : le discours d’ouverture, qui était là, le programme de l’année, la tête des nouvelles…

En effet, même si elle ne va jamais aux activités de l’association d’Accueil, elle se tient informée de tout ce qui se passe et sait très bien qui est qui. A ses heures perdues, elle épluche le site web de l’association, en particulier son organigramme. Ensuite, elle se balade sur Facebook pour regarder les profils de toutes les responsables.

 

  • En ce jour de Café de rentrée (2)

En ce jour de Café de rentrée, elle s’est peut-être discrètement immiscée parmi les participantes. Je vous l’ai dit, on ne la reconnaît pas au premier coup d’œil. Vous l’avez peut-être même croisée… (Indice : il est à parier que cette rebelle dans l’âme a refusé de porter son étiquette).

Ce n’est pas car elle crie haut et fort qu’elle n’ira pas au Café de rentrée qu’elle n’y va pas. Sa curiosité (son désœuvrement ?) ont pu la pousser (contre son grè) à aller trainer au milieu du petit peuple des femmes d’expat. Elle a pu y passer inaperçue, surtout que son esprit rebelle l’empêche souvent d’y adresser la parole à qui que ce soit. Elle n’assume pas bien sa présence: si elle est là, c’est à son corps défendant, au cas où elle croise une fille sympa ‘’égarée’’ comme elle. Mais certainement pas pour se chercher des copines.

Si vous arrivez à repérer une petite rebelle à votre Café de rentrée, n’hésitez pas à la titiller un peu. Demandez-lui tout de suite ce que fait son mari car la rebelle est toujours un peu féministe. Ça va l’énerver. Surtout si elle n’est pas mariée. (Mais ça lui fera une bonne anecdote pour la suite « Tu te rends compte ? Elle ne m’a même pas demandé ce que je faisais moi ? Comme si c’était impossible qu’une femme bosse ! »).

 

Titillez la un peu mais n’y allez pas trop fort: comme toutes les moqueuses, la rebelle est susceptible. Et ce serait dommage de se brouiller avec elle car c’est toujours chouette d’avoir une bonne copine rebelle. On aime bien parler d’elle de temps en temps et dire « Non, tu ne la connais pas, elle ne vient pas aux activités » (sous-entendu « Moi, je la connais car j’ai une vie en dehors de l’assoc’ » et « Moi aussi parfois, il m’arrive d’être rebelle »).

Et puis surtout, même si on va au Café de rentrée avec plaisir, ça ne veut pas dire qu’on cautionne tout ce que fait l’association (encore ce fameux macramé). Alors, on adore quand la rebelle aborde ce sujet en plein déjeuner pour sortir une bonne vacherie !

 

Sur ce, je vais revêtir ma plus belle tenue de femme d’expat irréprochable pour aller infiltrer le Café de rentrée de ma ville. Je compte bien y passer inaperçue…

 

 

8 Comments
  • Jeanne
    September 11, 2015

    Jamais déçue par My tailor is an Expat !!! Quelle poilade cet article !!!

  • Tara B.
    September 11, 2015

    OMG ! Je crois que je suis un croisement entre le premier et le deuxième type !!
    Je sais pas si ça donne une rebelle sympa ou une indépendante féministo-chiante, mais cette année j’ai ENCORE zappé l’accueil de rentrée, et en plus cette fois j’avais le temps d’y aller !
    Et évidemment j’ai laissé les copines de la résidence de faire un débrief des trois infos intéressantes… 😉

  • Martine
    September 11, 2015
  • Margot
    September 11, 2015

    Ah ah ah, moi qui ai lu le dernier post en pensant en moi-même “le café d’accueil, moi jamais”, et qui ai effectivement glissé au détour d’une conversation à une copine “alors, c’était comment ?” ! Merci pour ce fou rire !

  • Hélène Boyé
    November 24, 2015

    Toujours aussi bien vu ! 😉

  • alix
    September 28, 2016

    Je ne suis pas expat mais tes articles me font toujours autant rire!

    • My tailor - Mathilde
      September 28, 2016

      Merci Alix !!

  • Tellou
    October 9, 2016

    Grands eclats de rire. Je me suis un peu reconnue dans celle qui est un peu feministe et qui s’enerve quand on lui demande ce que fais son mari. Bon c’est sur, les premiers cafes auxquels je suis allee etaient mortels pour moi: les dames ne parlaient que de leurs enfants a l’ecole francaise (je n’avais pas d’enfants) et de leur non-ambitions professionnelles (je cherchais un vrai travail, pas celui qui ‘occupe”la femme d’expat). Quelques annees plus tard, j’aimerai bien lacher mon travail une matinee pour aller papoter 5mn au cafe de rentree. Gros atout depuis pour faciliter l’integration: j’ai un marmot.

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