Grandeur et décadence de ma (nos?) vie(s) sur WhatsApp

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Pas une journée ne passe sans que ne soit publié un article sur les dangers du smartphone ou l’addiction aux réseaux sociaux. Moi qui tiens un blog, gère plusieurs comptes Facebook, Instagram et compagnie, et qui passe la plupart de mon temps face à mon ordi, je ne vois pas bien où est le danger. Sur “la toile”, j’ai plein d’amis sincères (oui, vous, chers lecteurs) et dans ma poche ou mon sac à main, j’ai toujours avec moi mon compagnon le plus fidèle : mon ami WhatsApp.

 

Les prétendus dangers de WhatsApp

À coup d’articles anxiogènes et répétitifs, on m’enjoint (pour mon bien) de “m’octroyer régulièrement des plages de déconnexion”. Je ferais mieux d’éteindre mon téléphone la nuit, de ne pas le consulter au saut du lit (si ce n’est avant), de désactiver les bip-bips aguicheurs de WhatsApp (notamment) dans la journée. On me fait miroiter qu’ainsi, sans même faire de yoga ou de méditation, j’accéderai à une vie intense et sereine.

Mais ces censeurs de l’hyper-connectivité se rendent-ils compte que suivre leurs conseils pourrait me faire rater par une poignée de secondes l’arrivée d’un message crucial ? Ou me faire perdre pied, en l’espace de quelques minutes seulement, dans une conversation de groupe primordiale à ma vie sociale ?

Je ne sais pas vous, mais moi mon WhatsApp bipe toute la journée, me permettant d’avoir des rapports humains même si je ne sors pas de chez moi. Il bipe pour des informations essentielles ou des tout petits détails ; il bipe en one-to-one, avec ma meilleure amie qui vit au bout du monde ; il bipe en groupe, avec mes 5 copines qui vivent dans ma rue ou les 32 parents d’élèves de la classe de mon fils ; il bipe quand sa maîtresse me demande de venir le chercher dardar, que le dentiste me rappelle un rendez-vous, que mon esthéticienne me souhaite une bonne année ou que mon mari me déclare sa flamme ou me demande de sortir les poubelles. Il bipe à toute heure du jour de la nuit, en fonction des fuseaux horaires de mes contacts, et non moins amis (enfin, parfois). Il faut dire que je fais partie de beaucoup de groupes.

 

La genèse d’un groupe WhatsApp

Discuter frénétiquement avec une bonne copine, ça, fastoche, avec les SMS, on savait déjà faire. Mais créer, gérer et entretenir des discussions avec des groupes entiers (parmi lesquels peuvent se trouver plein de gens qu’on ne connaît pas), voilà tout l’intérêt de WhatsApp.

Aujourd’hui, créer un groupe WhatsApp est devenu une étape obligatoire à toute action de groupe. Pas un week-end entre amis, pas une réunion, pas une soirée ni un déjeuner voire un petit café qui n’ait droit à son groupe ! Evidemment, tout créateur de groupe WhatsApp doit prendre soin de lui trouver un nom impactant et attractif (donc éviter ‘’Déjeuner’’) et aussi, s’il a un peu de temps, une photo d’illustration originale et drôle (donc, si on poursuit sur notre lancée, pour “Déjeuner”, trouver mieux qu’une assiette avec une feuille de salade).

L’invitation à rejoindre un groupe WhatsApp crée pour celui qui s’ennuie un peu un sursaut d’adrénaline ! Il voit s’afficher sur son écran de téléphone « Bidule vous invite à rejoindre le groupe “Dîner“ ». Chouette, il va se passer quelque-chose dans sa vie ! Il peut d’ores et déjà s’enquérir de savoir qui sont les autres participants puis attendre fébrilement le premier message du groupe, celui qui va en dévoiler l’intérêt. Là, au premier bip-bip indiquant l’arrivée d’un message, le rideau va être levé ! Ça se confirme, Bidule organise un dîner et propose de choisir parmi quelques dates, chouette ! Mais attention, il arrive que le groupe WhatsApp soit porteur de déception : oui, Bidule organise bien un dîner mais vous n’y êtes pas convié. Il a juste crée ce groupe pour demander à la ronde des conseils de bons restaus. Vous n’avez plus qu’à guetter la prochaine invitation à rejoindre un nouveau groupe.

 

Le redoutable groupe “Cadeau commun”

On le voit, souvent le groupe WhatsApp poursuit des objectifs logistiques. Organisation de festivités diverses et variées mais aussi organisation de réunions plus ou moins sérieuses (réunions du syndic de copropriété, des dames caté, des alcooliques anonymes, cousinade de l’été à venir, arbre de Noël du groupe de lecture…). Il existe aussi un type de groupe redoutable, groupe qui pullule en fin d’année (scolaire ou civile) et qui rassemble des amis, des amis d’amis et des gens qu’on ne connaît ni d’Ève ni d’Adam : le groupe « Organisation d’un cadeau commun ». C’est, de loin, le pire de tous les groupes WhatsApp.

Car là, attention, ça va fuser ! Plus vite que la lumière, une fois les bases de la discussion posées (« On achète un cadeau pour Jocelyne »), les messages vont s’enchainer d’une manière totalement décousue à coup de : « Ou sinon, un vase de chez TrucMuche ? », « T’as pas des photos ? », selfie avec un vase de chez TrucMuche, smiley qui vomit, « J’adore », « Moi non plus », « Attends », smiley qui pleure de rire, « Non », photo de vase tout seul, « Celui-là ? », « On a dit quoi déjà pour le budget ? », smiley qui réfléchit, « OK », 3 smileys de travers avec les yeux plissés et qui rigolent, « Bof », smiley avec des cœurs à la place des yeux, « Et un bon-cadeau ? », « 30 euros », smiley petit chat (et pourquoi pas ?),  « Le numéro 2 plutôt, non ? », smiley “Le cri de Munch“, « Ils l’ont pas en vert ? », capture d’écran d’un vase vert d’une autre marque, « Si on rajoute tous 60 euros, c’est jouable », « Ils l’ont que en vert », « Moi j’aime pas le 2 », smiley qui fait un clin d’œil en tirant la langue (celui des gens trop cools), smiley qui fait juste un clin d’œil, « C’est un peu cher, faudrait ajouter Simone et Jacqueline dans le groupe. Qui a leur numéro ? », « Ça tiendra pas dans son container », « Elles sont pas invitées », smiley qui danse le flamenco Avec régulièrement un « Oh la la les filles, j’étais en réunion, 79 messages ! » ou « Je suis OK pour tout. Merci. » Puis le flot se calme.

Mais alors qu’on croyait la tempête passée et le problème réglé, peut s’afficher un sournois « Y’ a encore plein de budget, qu’est ce qu’on ajoute ? Qui s’en occupe ? » qui vient relancer la machine infernale. Smiley avec des dollars à la place des yeux.

 

Le terrible détournement de groupe WhatsApp

Après une intense activité, le groupe WhatsApp se met en veilleuse une fois l’événement passé. Le lendemain, il y a bien quelques participants pour envoyer une dernière photo prise dans le feu de l’action ou écrire : « Il manque encore 350 euros dans l’enveloppe. Merci d’honorer vos promesses de dons. » Puis les choses se tassent et on croit le groupe en plein chant du cygne.

Mais c’est sans compter sur un fléau qui sévit régulièrement dans nos smartphones : le détournement de groupe WhatsApp. Après une phase de repos, le drame finit toujours par frapper, c’est inévitable : sans la moindre scrupule ou retenue, un participant (souvent un qu’on ne connaît pas d’ailleurs) exhume de ses archives téléphoniques ce groupe gigantesque qu’un couple avait crée pour organiser sa farewell party en juin dernier (s’assurant ainsi que tout un chacun était bien en relation avec les autres invités pour l’organisation du cadeau de départ) et lance un sujet qui n’a rien à voir ! Ça commence toujours par un message qui s’excuse un peu (mais pas tant que ça) en disant « Je profite de ce groupe pour vous demander… » et puis, là c’est lancé, les vannes sont ouvertes, ça part dans tous les sens, tous les coups sont permis :  « Est-ce que la taille M de la marque de couche locale correspond à la taille M de la référence Pampers ? », « Est-ce quelqu’un rentre en France avant Noël et pourrait (exceptionnellement) me rapporter quelques (petits) paquets ? », « Est-ce que quelqu’un qui s’y connaît un peu pourrait me bidouiller un site internet ? », « Qui pourrait me filer un code promo pour Big C ? », « Je revends des affaires de bébé à petits prix, mais franchement, en pas très bon état, faites passer »…

Là, il y a deux types de réaction : les participants qui étaient plongés dans l’ennui et la dépression la plus profonde depuis que le groupe avait commencé à dépérir, et ceux qui n’ont pas que ça à faire et sont déjà engagés dans 15 autres nouveaux groupes Whatsapp, tous plus excitants les uns que les autres.

Les dépressifs esseulés s’engouffrent dans la brèche pour tenter de ramener à la vie le groupe presque exsangue. Ils répondent à toutes les questions, même les plus saugrenues, se proposent d’aider, relancent les débats et smileytent à tire larigot. Les autres participants, plus rigides et qui n’aiment pas le mélange des genres ont une réponse radicale face à un détournement de groupe : ils le quittent. Sans autre de forme de procès. C’est dur pour ceux qui restent.

 

C’est que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la vie n’est pas qu’amitié et bonne entente sur WhatsApp. Non, elle y est aussi trahisons (“Paulette a quitté le groupe”), suspens insoutenable (“Gérard is typing…)”, vexations et brouilles (Liliane a lu votre message mais n’y a pas encore répondu, alors qu’elle ‘’type’’ frénétiquement depuis une heure), quiproquos (quel message a voulu faire passer Samantha par ce smiley énigmatique envoyé à tout le groupe en réponse à votre question ?), angoisses existentielles (mais pourquoi donc Barnabé ne s’est-il pas connecté depuis 18 minutes ? Que peut-il bien avoir de mieux à faire ?)…

 

Dans le souci de pousser toujours plus loin dans l’investigation et l’analyse, nous vous proposons de décrypter pour vous ces comportements. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de notre dossier consacré à nos vies Whatsapiennes. Ou comment y conserver son ego.

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