Juin, le mois de la fin (ou pas)

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Le mois de juin marque la fin d’un long suspens.

Après des semaines de flou et d’interrogations, le paysage amical de l’année prochaine se dessine enfin : les Truc ont re-signé pour deux ans – les Bidule ont fini par accepter Vladivostok – les Machin rentrent en France…

A partir de là, le monde des expatriés se scinde en deux clans aux considérations bien distinctes: il y a ceux qui restent et ceux qui partent.

 

 

Qui part ? Qui reste ?

 

La répartition des expatriés dans un clan ou l’autre obéit à des lois mathématiques : la mutation s’attaque aux expatriés en poste depuis 3, voire 4 ans.

Si elle intervient avant 2 ans, c’est louche.

Si elle n’intervient pas après 4 ans, c’est suspicieux.

Attention cependant car certaines mutations précoces arrivent pour de brillantes raisons. Ainsi, un expatrié fraîchement en poste mais tellement bon pourra-t-il être déplacé par sa Maison mère vers un pays à plus fort potentiel (le pays où elle l’avait initialement placé pouvant se contenter d’un expatrié moyen, lequel sera alors trouvé dans un pays sur lequel la Maison mère ne mise pas un kopeck mais maintient sa présence historique pour d’obscures raisons).

Mais en général, une mutation précoce, c’est mauvais signe. Face à ces cas, menez votre enquête avant de jeter l’opprobre sur l’expatrié muté. Penser qu’il a mal fait son travail est un raccourci bien trop facile ! Portez vos soupçons sur son/sa conjoint(e). En effet, la cause première de l’échec d’une expatriation est l’inadaptation du conjoint.

Femmes (et hommes) d’expat, les coachs en mobilité et animateurs de séminaires d’intégration ne vous le répéteront jamais assez : Soyez heureux ! Débrouillez-vous comme vous voulez, mais soyez heureux ! Si vous ne vous adaptez pas assez, ou mal, le couperet de la mutation arrivera plus vite que prévu. Mais c’est peut-être ce que vous cherchez ? Dans ce cas, ruez dans les brancards toute l’année, pleurez pour qu’on vous ramène chez vous, ça marche ! Ensuite, vous pourrez toujours dire que la Maison mère a rappelé votre mari au siège car il y était indispensable.

 

Il y a donc ceux qui partent trop tôt mais il y a aussi ceux qui ne partent jamais.

Ceux qui sont là depuis plus de 4 ans et qui, d’années en années, n’ont rien à annoncer quand vient le mois de juin… Ceux-là mêmes qui se ruinent depuis des années en cadeaux de départs mais n’ont toujours pas récolté les fruits de ces investissements. Que leur arrive-t-il ? La vie d’expatrié n’est-elle pas qu’une belle liste de pays qu’on égraine fièrement à qui veut bien l’entendre ?

Chers lecteurs, c’est le moment de la révélation : le monde des expatriés est plus complexe qu’il n’y parait !

Les expats ne sont pas que des petits pions brillants déplacés à intervalles réguliers par une Maison mère bien organisée disposant pour tous de places valorisantes autour du monde.

Beaucoup évoluent en zone grise sans qu’aucune règle n’encadre leurs rotations. Parmi eux, des gens  sous contrats locaux ou hybrides, des investisseurs, des entrepreneurs, des expats dans un placard sous les cocotiers, d’autres qui refusent tout ce qu’on leur propose pour ne pas les quitter ces cocotiers, d’autres encore qui attendent patiemment qu’une place se libère sous d’autres palmiers très convoités… Je vous le dis : comme dans la vraie vie, comme chez les gens normaux, on trouve de tout chez les expats !

Bon, si vraiment vous cherchez une explication à cette enlisement suspect que vous observez chez votre voisin, blâmez alors sa femme (il faut toujours blâmer la femme d’expat) : trop libre, trop aidée, trop occupée… elle est trop heureuse !! Cela n’a pas encore été démontré mais si la femme d’expat malheureuse est la première cause de l’échec d’une expatriation, la femme d’expat trop heureuse doit elle aussi avoir une influence sur la carrière de son mari.

 

 

Les expatriés qui partent

 

Dans ceux qui partent, il y a ceux qui rentrent en France.

On les regarde d’un air contrit ou envieux. Ça dépend de qui les regarde.

Et il y a ceux qui partent pour une nouvelle expatriation.

On les regarde d’un air envieux ou contrit. Ça dépend de là où ils vont.

Mais où qu’ils partent, il y en a qui sont au fond du gouffre et montent en pleurant dans leur avion, et d’autres qui poussent des cris de joie, l’heure de la délivrance ayant enfin sonné ! Là, ça dépend de beaucoup de choses: qui ils sont, d’où ils viennent, où ils vont, dans quelles conditions ils y vont et pour combien de temps… Sans compter ceux qui pensaient qu’ils seraient si heureux de s’en aller mais que finalement on doit faire monter de force dans l’avion le jour J. Ah, c’est compliqué!

 

Pour tous ces expats en partance, la fin de l’année est intense : recherche d’appartement, de déménageurs, d’écoles… Heureusement, il y a plus à vivre pour eux que ces 417 démarches administratives à régler : c’est le moment d’aller voir ces 3 sites, ces 4 villes et ces 5 îles qu’on n’avait encore eu le temps de visiter – Impossible de quitter l’Asie sans avoir vu tel temple ou avoir plongé à tel endroit. Impossible également de quitter le pays sans refaire un long week-end à cet endroit qu’on avait tant aimé, ou sans retourner 5 fois dans ce restaurant fabuleux !

Et la carte bleue n’a pas fini de chauffer : cette tête de Bouddha stylisée qu’on voit chez tout le monde (si on habite en Asie) mais qu’on a toujours hésité à acheter… il nous la faut ! Une fois installés au fin fond du Texas, on ne risque pas de la voir ailleurs et les expatriés qu’on rencontrera dans ce trou perdu où on va s’enterrer pour 3 ans verront bien que, nous, on ne vivait pas n’importe où avant !

Et puis, il faut faire la fête pour se dire au-revoir. Entre copines, avec les maris, avec les enfants, ne surtout pas rater une occasion ! Comme on part vivre à Mexico, on pourrait carrément faire une soirée déguisée Mexicaine ! C’est une idée géniale, mais qui ne traverse pas l’esprit des gens qui partent en Roumanie, hélas.

Dans ce tourbillon, les expats les plus appliqués s’attèlent à l’apprentissage de la langue de leur prochain pays pendant des semaines. Non, je plaisante, absolument personne ne fait ça !!

 

 

Les expatriés qui restent

 

Ceux qui restent sont occupés à courir les fêtes de départ. Pour y être accueillis dignement, ils achètent en gros des têtes de bouddhas stylisées ou des tableaux/collages/photos de leur ville d’accueil. Tout cela sera très vite embarqué dans des containers pour aller décorer des salons aux quatre coins du monde. Les organisateurs de cadeaux les plus rodés se renseignent sur les dates auxquelles partent les déménagements afin d’éviter aux expatriés mutés de faire 12 heures de vol avec une tête de bouddha géante sur les genoux.

 

Même pour ceux qui ne déménagent pas, le mois de juin peut aussi marquer la fin d’une époque.

Si vous êtes de ceux qui restent (pour cette année, ou pour les 17 à venir), je vous conseille de procéder à un état des lieux : projetez-vous en septembre à l’incontournable café/brunch de rentrée. Allez-vous vous y présenter souriante et épanouie car flanquée de 12 bonnes copines qui rempilent elles aussi pour l’année ? Ou allez-vous passer le pas de la porte seule, le regard anxieux, sans oser avouer à personne que non, vous n’êtes pas du tout nouvelle mais que vous n’avez plus d’ami(e)s ?…

Si c’est le cas, des mesures s’imposent, et tout de suite ! N’attendez pas septembre pour refaire le plein de copines ! Courrez les fêtes de départ, elles regorgent de filles sympas bientôt esseulées ! Et si vous vous débrouillez bien, vous pourrez récupérer des bandes d’amis clés en main.

La psychopathe qui sommeille en vous pourra même, avec un peu d’organisation, s’attribuer la vie entière d’une fille secrètement admirée. En effet :

  • Sur les sites locaux spécialisés, vous pourrez racheter tout son salon qui ne tiendra jamais dans son appartement Parisien. Ce beau salon de style local, vous pourrez même l’acheter pour une somme modique car en juin, sur internet, il sera mis en vente en 50 exemplaires !
  • Vous pourrez aussi lui racheter toute sa déco. A Paris, il y aura moins de place, mais surtout votre amie réalisera en bouclant les cartons qu’elle s’est un peu trop emballée sur les sculptures Incas ou les masques Vaudous. A la réflexion, sous les moulures Hausmaniennes, ils vont perdre de leur superbe.
  • Sur un autre site, vous retrouverez aisément sa nanny et son chauffeur (qui au cours de l’année à venir vont pouvoir vous régaler d’anecdotes intimes sur cette fille parfaite, qui n’était pas si parfaite…).
  • Enfin, l’association où elle officiait fièrement comme trésorière ou responsable web depuis 3 ans mettra bientôt en ligne une annonce pour trouver sa remplaçante.
  • Ce que vous aurez peut-être plus de mal à récupérer, c’est le mari de cette femme d’expat. En général il repart avec elle, c’est même lui qui l’emmène. Mais sait-on jamais ?

 

Enfin, le mot de la fin pour le mois de juin, un mot d’ordre qui unit ceux qui partent et ceux qui restent : A bientôt !

En juin enfin, tout le monde fait des plans sur la comète ! Avec Geneviève à Londres, Paulette à Tokyo, Yvonne à Nouméa, Jacqueline à Dubaï et vous à Bangkok, le plus simple l’été prochain, c’est de se retrouver toutes à New-York !

Bye tout le monde, bonnes vacances !

15 Comments
  • ionica dumont
    June 25, 2015

    Très bien vue, moi-même étant une femme d’expat d’origine roumaine…
    Eh oui, en Roumanie on fait la fête beaucoup mieux qu’ailleurs.

  • Marie
    June 28, 2015

    Merci Mathilde pour cet excellent article
    Expatriee depuis des annees, j’ai vécu beaucoup de mois de juin de femme d’expat, parfois dans la case de deux qui partent parfois dans celle de ceux qui restent. Dans les deux cases c’est un mois charge d’emotions que tu decris bien
    Celle qui pensait ne plus pouvoir supporter un pays mais pleurer comme une madeleine dans l’avion le jour du depart, je l’ai ete !!

    • mytailorisanexpat
      June 28, 2015

      Je crois que ça arrive souvent en fait 😉

  • Jeanne
    June 28, 2015

    Bonnes vacances !!

    • mytailorisanexpat
      June 28, 2015

      Merci, à vous aussi !

  • ariane
    July 23, 2015

    Trop drole!

  • Helene
    August 30, 2015

    Personnellement, je fais partie de “celles qui restent” (10 ans de suite en Inde). Je connais bien le problème du renouvellement de stocks de copines – bon au bout d’un moment, on a forcément plein d’amies locales. J’ai découvert votre blog hier – via un partage FB – et depuis, je m’amuse beaucoup à lire tous ces articles très bien vus !

    • mytailorisanexpat
      August 31, 2015

      Merci bcp

  • Veronique
    August 30, 2015

    Excellentissime !!

    • Mathilde
      August 31, 2015

      Merci bcp !

  • Laetitia
    June 7, 2016

    Je suis fan. Bravo pour cet article une fois de plus parfait!

    • My tailor - Mathilde
      June 7, 2016

      Merci beaucoup Laetitia, et bonne fin d’année !!

  • Desplancke
    June 7, 2016

    Merci beaucoup pour cet article tellement vrai qui relate si bien toutes nos pensées …

  • Corinne
    June 7, 2016

    Mathilde, surtout ne t’emballe pas sur la tête de bouddha. Même si nous n’avons jamais habité en Asie, j’en ai une très chouette en pierre de lave, pesant juste 10kg, qui sommeille dans la cave en attendant de pouvoir revendiquer son statut “d’objet certifié d’expat ayant vécu en Asie”. A bon entendeur salut!

    • My tailor - Mathilde
      June 8, 2016

      Ha ha !!! Ce n’est pas tombé ds l’oreille d’une sourde 😉 Thanks Corinne !!

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