Expatriés : où se faire (encore) des amis ? (2)

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Nous avons étudié précédemment les fondamentaux de la recherche d’amis à l’étranger. On l’a vu, avoir des enfants, traîner dans des milieux plus ou moins professionnels, rejoindre des groupes, networker… tout cela fonctionne très bien. Mais il existe aussi d’autres techniques complémentaires.

 

Sortir le soir !

Mon grand âge et mes obligations familiales m’ont amenée à ne pas inclure cette stratégie dans ma première liste. Pourtant, s’il y a une technique qui a fait ses preuves en matière de rencontre d’amis, c’est bien celle-là.

En plus de vous escrimer à occuper vos journées (pour les femmes d’expats fraichement débarquées), il faut donc aussi organiser vos soirées. Pour vous simplifier la vie, vous pouvez suivre un circuit organisé de rencontres d’amis : les sites comme Meet-up vous indiquent où se réunissent chaque soir vos futurs amis.

Dans ces soirées, laissez au placard le/la Français(e) bien élevé(e) que vous êtes et qui ne parle aux inconnus que si il/elle a une bonne raison de le faire. Ici, sans avoir à chercher d’excuse, vous pouvez tendre une franche poignée de main à qui vous voulez en lui criant votre prénom dans les oreilles. Puisque tout le monde est là pour rencontrer des gens, autant être efficace. Pas la peine de tourner longuement autour du buffet l’air absorbé avant d’oser dire à votre voisine « Vous aussi vous aimez les crevettes ? ».

Attention : ce qui est vrai dans un sens l’est aussi dans l’autre. Comme ici on ne s’embarrasse pas de beaucoup de formes et qu’on sociabilise efficace, si votre conversation ennuie, au lieu de vous supporter pendant 10 minutes avant de s’excuser poliment, votre interlocuteur peut vous planter en moins de deux, sans un mot d’excuse. Ça arrive. Même aux meilleur(e)s. Croyez-moi.

Bon, si vous n’aimez pas porter un badge avec votre prénom, désertez ces soirées pour sortir dans des bars normaux. Mais dans ce cas là, un peu de sélection ne fait pas de mal. Pour mes lecteurs de Bangkok, par exemple, je ne suis pas sûre qu’on puisse se faire des copines pour la vie devant un ping-pong show soi Cowboy.

 

Aller à la messe

Si on n’a rien contre l’idée de se faire des amis Catholiques et qu’on n’est pas allergique aux enfants, la paroisse Francophone (par exemple) offre de très belles opportunités. C’est une technique qui plaira aux plus organisés. L’approche de nouveaux amis à l’église se passe en effet en deux temps (avec possibilité de rattrapage la semaine suivante si nécessaire) : la phase d’observation pendant la messe, suivie de la phase d’action à la sortie.

En plus de s’y sanctifier, la messe présente en effet la possibilité d’observer librement pendant une heure tout un panel d’amis potentiels. Pour en profiter au mieux, il est recommandé de s’asseoir dans les derniers rangs (mais pas le dernier afin que vous aussi puissiez faire admirer votre plus beau profil à quelqu’un). Si votre champ de vision est limité, patientez jusqu’à la communion. Là, dans le mouvement général, vous pourrez découvrir de nouvelles targets que vous n’aviez pu repérer plus tôt. Attention à ce moment là: si un fléchissement de la tête pour indiquer à quelqu’un que vous l’avez repéré est le bienvenu, des coucous ou clin d’œil trop appuyés ne font pas bon effet.

Après la messe, il est donc temps de se lancer et d’aborder vos nouveaux amis. Là, soyez sobre mais pas trop pieux, ce n’est pas la peine d’en faire des tonnes. Vous sortez de la messe, tout le monde a compris que vous étiez quelqu’un de bien. Pas la peine de relancer les gens sur le sermon du curé ou sur leurs efforts de carême.

Aïe, vous avez raté votre cible ? Pour qui est un peu lent au démarrage, la messe offre l’avantage de permettre à la chance de passer plusieurs fois. Vous aviez une target précise mais n’avez pas réussi à l’aborder ? Rassurez-vous, vous retenterez votre chance dans une semaine. Les paroissiens étant – presque – aussi réguliers que les horaires de messe, il y a beaucoup de chances que vous puissiez aborder votre cible dans une semaine pile, même heure, même endroit. Cela vous laisse donc 7 jours pour affiner votre stratégie et votre phrase d’accroche.

 

Aller aux ventes de femmes d’expat

Voilà une stratégie plutôt féminine, qui peut s’avérer un peu coûteuse, mais qui donne d’excellents résultats. A l’image d’une réunion Tupperware (mais en bien moins ringard), les femmes d’expat aiment à organiser des ventes. Ventes de productions locales, ventes de créations personnelles… quels que soient les trésors qu’on y trouve, ces ventes sont des nids à potentielles amies !

Il existe deux types de ventes : la vente organisée par une vendeuse/boutique unique et la vente partagée, la Fair. Celle-ci peut réunir de nombreux  exposants, lesquels attirent plusieurs centaines de visiteuses. Quel potentiel me direz-vous !! Oui mais attention : la fair peut s’avérer être une fausse amie pour qui veut s’y faire des amies. Oui, à la fair, il y aura beaucoup plus de clientes, donc beaucoup plus d’opportunités de rencontres, mais on risque de s’y retrouver perdue dans l’anonymat de la foule.

Je préconiserais donc de privilégier l’intimité à la quantité et de se rendre en priorité aux ventes plus privées. Très souvent, celles-ci sont organisées dans un salon (normalement très joli) et l’afflux de visiteuses étant moindre, on ne peut pas vous louper quand vous passez la porte. Confinées dans un salon que vous arpenterez plusieurs fois l’air absorbé devant la marchandise, les meilleures âmes se sentiront obligées de vous parler (au moins un peu).

Pour mettre toutes les chances de votre côté, il conviendra d’observer quelques règles de bienséance concernant, notamment, le nombre de tasses de café bues aux frais de l’organisatrice (surtout si elle a sorti ses capsules Nespresso rapportées de France), la discrétion avec laquelle on a regardé toute sa déco et ses photos de famille, ou le montant des achats effectués. Celui-ci doit-il être proportionnel au temps passé à piétiner devant les étales et profiter de la clim de la gentille organisatrice ? Voici un sujet de fond sur lequel je me propose de revenir plus tard.

 

Trainer dans les coffee-shops ou les espaces partagés de travail

Si la technique (pourtant gagnante) du regroupement avec vos pairs n’est pas pour vous, vous pouvez aller traquer des expatriés solitaires sur d’autres terrains de chasse : les coffee shops ou les co-working spaces. Dans ces lieux, se retrouvent freelances, bloggeurs, entrepreneurs et tout autres porteurs de projets mystérieux (tels que faire des Sudokus en ligne, regarder des photos d’inconnus sur Facebook ou des vidéos rigolotes sur Youtube en gardant un air sérieux,…).

Ici, la phase d’approche est longue mais il est possible de se faire des amis. Le travailleur solitaire aime à faire croire qu’il ne recherche pas le contact et ne cédera pas à votre premier sourire en coin. Cependant, si vous arrivez à bien le ferrer, il sera trop heureux de ne pas avoir à déjeuner seul.

Pour ce faire, cultivez un look hipster et adoptez la bonne attitude : tout d’abord – mais ça tombe sous le sens – ne vous installez jamais sans ouvrir un Mac Book Pro (ou Air, encore plus chic) que vous quitterez peu des yeux, ensuite affichez toujours un air très concentré. Quand vous arrivez à engager la conversation (souvent à la faveur d’une coupure internet), pas de frivolités : dites que vous travaillez sur « un projet », parlez de la difficulté de gérer votre temps depuis que vous travaillez indépendamment, faites croire que votre blog a 10.000 visites par jour mais que de toutes façons, vous n’écrivez pas pour être lu(e) …

 

Voilà pour aujourd’hui. Entre le coffee-shop, la vente privée, la sortie soi PatPong et la messe du dimanche matin, vous devriez être bien occupé(e) et vous faire toutes sortes d’amis. Ah, il n’y a pas à dire, l’expatriation, ça ouvre les horizons !

 

Photo: Pixabay

 

6 Comments
  • dicou
    May 29, 2015

    j’ai envie d’être femme d’expat… !!

    • mytailorisanexpat
      May 30, 2015

      ça t’irait bien !!

  • Tara B.
    June 1, 2015

    Oh merci pour ces deux billets plein d’humour qui 1) me donnent les clés pour me faire des nouveaux amis dans ma nouvelle vie (à Shanghai), 2) me confirment que pour moi ça va être dur vu qu’aucune de ces excellentes suggestions ne me parait vraiment à la portée des faibles habilités sociales. Mais au moins la voie m’est toute tracée, je n’ai plus qu’à suivre mon (nouveau) maître ès expat’.
    Petit Scarabéee.

    • mytailorisanexpat
      June 1, 2015

      Merci Tara pr ton message ! Sympa ton blog aussi, j’aime bien voir ce qui se passe ailleurs !

  • Une Fille en Chine
    June 9, 2015

    J’adore le passage sur les ventes privées et les capsules Nespresso.
    On a la chance de pouvoir aller les chercher à Hong Kong nous, c’est moins loin !

    • mytailorisanexpat
      June 10, 2015

      Moins loin mais pas non plus très économique…!

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