Expatriation, immigration… administration

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Expatrié, immigré, résident… quelle que soit l’appellation qu’il se donne, le Français installé à l’étranger s’occupe de papiers administratifs, souvent, très souvent, beaucoup plus souvent qu’à son tour.

 

La paperasse locale

Depuis son installation jusqu’aux mille petites démarches du quotidien, le Français de l’étranger a des papiers à remplir. Comme tout un chacun, il doit signer un bail puis payer son loyer, ses factures d’électricité, inscrire ses enfants à l’école et à des tas d’activités… Pour cela, il remplit des formulaires, monte des dossiers en langue locale (langue qu’il s’est, parfois, bien gardé d’apprendre), reçoit des factures qu’il doit commencer par déchiffrer pour savoir où, quand et comment les payer. Il n’est jamais à court d’obscures démarches administratives à mener (à coup de traduction de documents, puis certification et authentification de ces traductions, parfois au pas de course sous peine d’expiration de la validité de la traduction délivrée), que ce soit pour ouvrir un compte en banque, obtenir un permis de conduire local ou la carte de fidélité du supermarché.

Bien, ça c’est le B.A.Ba

 

Les joies de l’immigration

Le Français de l’étranger n’habitant pas dans son propre pays (première nouvelle !), sa vie est régie par la législation de son pays d’accueil en matière d’immigration (législation parfois très fluctuante). Il est donc souvent en contact direct avec les services locaux de l’immigration.

Obtention de visa, renouvellement de visa, signalement trimestriel à la police de l’immigration, déclaration de sortie puis ré-entrée dans le territoire… à chaque pays d’accueil, ses subtilités, ses plaisirs et ses montagnes de documents à remplir.

La femme d’expat (ou l’homme bien entendu) qui a suivi son conjoint et qui donc n’est pas l’heureuse(x) détentrice(eur) d’un visa de travail a ses propres démarches administratives à mener pour se voir attribuer son visa  d’ ”accompagnatrice(eur)”, ”dépendante économique” ou (tout n’est qu’une question de point de vue) ”festivalière de longue durée”. Ne parlons même pas des couples qui ne sont pas mariés et dont les joies administratives s’en voient dédoublées !… Bien entendu, plus il y a de membres dans la famille, plus les dossiers se démultiplient… Que l’on dise encore à une femme d’expat qu’elle n’a qu’à faire des enfants pour s’occuper !

Enfin, si l’envie prend cette femme/homme d’expat de travailler, entrent dans la danse toutes les formalités liées à l’obtention d’un work permit, de type A-6, B-12 ou ZW-442, nécessitant au préalable l’annulation en bonne et due forme du visa d’accompagnatrice(eur). Ce genre de procédure se faisant souvent via une ambassade basée à l’extérieur du pays d’accueil, cette sortie du territoire demandant également quelques menues formalités préalables – cela va sans dire.

Bien. Avec un peu d’organisation et de sang froid, on s’en sort.

 

L’administration française

Mais le Français de l’étranger reste un Français (deuxième nouvelle !) et il est donc, également, en lien avec les représentants de la France dans son pays d’accueil. Au consulat, il effectue en toute fraternité des démarches aussi excitantes que nécessaires, comme l’inscription sur les listes électorales, la signature d’actes notariaux ou le renouvellement de son passeport (dire qu’à une époque on collectionnait fièrement les tampons, tampons que l’on trouve aujourd’hui bien trop consommateurs de pages).

Là, rien à signaler que le Français de France ne connaisse pas.

 

Quand administration française et locale se rencontrent

Car la subtilité pour le Français de l’étranger intervient lorsqu’il doit exécuter des actes qui impliquent à la fois l’intervention de l’Etat français et celle de son pays d’accueil. Par exemple, un cas tout simple: la déclaration d’une naissance, assortie de la délivrance d’un premier passeport pour pouvoir y faire accrocher un visa de ”dépendant” avant que le délai légal de présence illégale sur le territoire du nourrisson (entré par là par d’autres voies que les douanes, faut-il le préciser) n’expire.

On voit bien que dans ce cas de figure, la femme d’expat pas encore remise de son épisiotomie va devoir s’entretenir tout aussi bien avec l’Etat français qu’avec les représentants de son pays d’accueil, lesquels jouent à domicile. Comme on s’y attend, tout cela va se faire dans la plus grande harmonie entre les deux pays concernés et une mutuelle logique imparable.

Passons les subtilités liées aux différents papiers et traductions à fournir, aux différents bureaux visités, aux petites incompréhensions qui peuvent survenir pour en arriver à la meilleure partie de toute démarche administrative: l’engueulade de mauvaise foi avec un agent assermenté. Et là, je me propose tout bonnement de répondre à l’une de vos interrogations bien légitimes: avec qui se fâcher ?

Après deux semaines de démarches et de vexations, qui insulter de la petite dame française un peu revêche qui vous ferme son guichet au nez à 14h57 car on est vendredi ou du dignitaire (même pas haut) Chinois qui, d’un air sadique, joue avec votre passeport depuis deux heures que vous êtes enfermé dans ce hall de l’immigration rempli de beaucoup d’autres dignitaires (armés) ?

Qui donc se mettre à dos entre le guichetier jovial qui vous explique que le Consulat sera fermé le 14 juillet (“Quoi ? Mais moi je bosse ce jour là, Monsieur! On n’est pas en france ici!”) et l’officier de l’immigration américaine qui épluche d’un air réprobateur tous les visa de votre passeport ?…

Avouez qu’il est plus facile (et surtout moins risqué) de perdre patience et d’insulter tout le monde dans une administration Française plutôt qu’au bureau de l’immigration locale aux rouages si mystérieux (ou vous devrez d’abord, pour une meilleure compréhension, prendre soin de traduire vos réclamations / insultes / remarques perfides) ? Tant qu’un responsable local a votre passeport en sa possession, c’est à dire votre avenir, le sort de votre satut fièrement acquis d’expat, celui de votre couple, la carrière de votre mari, et donc à plus long terme, celle de vos enfants, je vous conseille de faire profil bas.

Patientez, votre tour viendra. Après tant de frustrations et de précautions pour ne pas vous faire éjecter du pays pour cause d’incompatibilité d’humeur entre vous et l’administration locale, qu’il sera bon, une fois la porte du Consulat passée pour finaliser vos démarches, de lancer à la première contrariété un tonitruant « Ah, elle est belle la France ! » !!

 

Pour conclure

Amis expatriés, et spécialement hommes et femmes d’expat qui n’avez pas l’excuse d’aller tranquillement bosser, c’est un travail administratif de longue haleine que d’être un expatrié légalement installé et disposant de tout le confort moderne.

A tous ceux qui pensent que vous avez la vie facile, rappelez-leur que ce que vous arrivez à mener de main de maître tous les jours n’est pas à la portée de tous. On peut en effet être un brillant politicien, ex-membre de notre imminent gouvernement mais ne pas y arriver. A votre place, Thomas Thévenoud, serait déjà en hôpital psychiatrique. Oui, on ne le dit pas assez lors des entretiens de motivation ou des séminaires de préparation à l’expatriation mais souffrir de phobie administrative est la pire chose qui puisse arriver à un expatrié.

6 Comments
  • Marion
    January 27, 2016

    Ha ha !! Excellent !! Décidemment, il n’y a pas un aspect de la vie des expats qui vous échappe ! Bravo !

    • My tailor - Mathilde
      January 28, 2016

      Vous êtes sous surveillance rapprochée 😉

  • Margarida
    January 27, 2016

    L’administration, les papiers, les consulats ! ça pique ça pique !

    13 ans que je vis en France, je n’ai toujours pas compris plein de choses 😛 il y a des mystères qui ne vont jamais se dévoiler .. ça doit faire partie du charme d’une vie à l’étranger. Si, je vous assure, même au sein de l’UE et dans des pays comme nous, comme vous, enfin, des pays voisins quoi, des cousins germains.. et bien, parfois il se passent des choses aussi ! La dernière, j’ai appris par un coup de fil passé au consulat à Paris de mon cher royaume, que ma fille (2 ans et demi) n’y est plus inscrite mais moi oui ! Bingo, il faut le faire ! Pourtant, elle y était bien inscrite, je sais bien que j’ai payé 150 € de train pour y aller 1 mois après sa naissance (oui, épisiotomie et tout ça aussi !) et elle l’a eu son passeport du royaume (bon là il est périmé, justement je voulais le renouveler)… Bon, j’en passe, après toutes ces années là, je ne me laisse plus impressionner. C’est tellement fatigant !
    L’administration locale, je connais aussi : arrivée dans mon petit bled de ma campagne française, mon mari (Français) et moi allons nous inscrire à la mairie (je voulais voter pour les municipales ! -j’étais fière même !) et bien, là aussi, erreur, une semaine avant la fin des inscriptions pour les élections, ils se sont rendu compte qu’ils m’avaient inscrit sur la liste des Français et non pas des Etrangers (c’est tout un honneur, ça veut dire que je passe par une locale, que je n’ai plus d’accent… non mais, il vaut mieux en rire !) bien sûr, ça tombait à la période de Noël quand j’ai reçu la lettre m’avertissant de l’erreur et j’avais 2 jours pour m’y rendre et réparer à l’erreur commise, dommage, j’étais dans mon royaume…

    Voilà, 13 ans, et l’engrenage n’est pas encore en ordre :-).. en ce moment, ma fille n’a plus de papiers du royaume, bon, jusqu’aux 14 ans (âge où il faut obligatoirement des papiers pour voyager à l’intérieur du royaume) j’ai un peu de marge, je devrais y arriver, non ?

    Donc, pour résumer, si cela m’arrive à moi ici dans des pays cousins germains, bonjour les galères entre des pays vraiment éloignés !

    Courage à tout le monde !
    Et belle journée !

  • USChapters
    February 1, 2016

    LE truc magnifique, c’est quand tu entres dans un pays avec des tas d’illusions, chiffonnées en même pas cinq minutes. Je savais en partant en Chine, que l’administration chinoise me donnerait du fil à retordre, mais sotte que j’étais, je pensais que l’Amérique, pays des libertés, ce serait à la cool …. (quand j’étais jeune stagiaire, je m’étais déjà faite assommer par Finanzbetriebsrat et l’Auslanderbehörde en Allemagne, j’aurais dû savoir que c’est TOUJOURS la merde …)

    Le bon côté de tout ça en terme de créativité bloguesque, c’est que tu peux prévoir un papier identique pour ton futur retour en France, il paraît que c’est encore pire ! chouette. En tant que lectrice je m’en pourlèche les babines d’avance.

    • My tailor - Mathilde
      February 3, 2016

      Me parle pas du retour en France… j’entends que des horreurs, jen ai des sueurs froides la nuit !!

  • stefe
    February 6, 2016

    oui c’est tout a fait ca, je viens d’y passer ! phew !

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