L’expatrié est-il tenu d’héberger tous ceux qui frappent à sa porte ?

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Ça commence toujours par un email bienveillant dont l’objet premier est d’espérer que vous allez bien (« depuis tout ce temps ! »). Puis, on vous apprend que vous habitez une ville qui a l’air d’être incroyable, alors qu’on a décidé de venir la visiter… et d’en conclure : « Bien sûr, aucune obligation, mais ça serait vraiment sympa si je pouvais passer quelques nuits chez toi. Par avance, un très grand merci ! ».

 

 

Pourquoi donc, depuis que vous êtes expatrié, personne autour de vous ne veut plus aller à l’hôtel ?

 

C’est bien simple: tout comme l’expatrié s’immerge dans la culture de son pays d’accueil et refuse à s’enfermer dans un ghetto d’expat, le voyageur rejette le tourisme de masse et ses circuits aseptisés. Lorsqu’il visite un pays, c’est pour aller au-delà des images de cartes postales. Il veut sortir des sentiers battus, toucher du doigt la réalité quotidienne du pays qu’il traverse (que dis-je qu’il traverse: du pays dont il s’empreigne), vivre une expérience humaine fondatrice et pour cela, il privilégie les nuitées chez l’habitant. Passer quelques soirées en tête à tête avec vous, vous regarder cuisiner pour lui, profiter de votre piscine et de votre machine Nespresso, faire repasser ses vêtements à votre maid avant de partir ”barrouder” dans l’arrière-pays, ces moments partagés n’ont pas de prix.

Fyuant toute visite formatée, le visiteur n’organise pas ses journées en avance, parfois même il débarque chez vous en se targuant de n’avoir pas ouvert un seul guide de voyage. Car, privilégiant l’humain et l’expérience locale, il sait que vous serez pour lui un guide attentionné et expérimenté. Se laisser porter les yeux fermés pendant 3 jours dans votre ville tumultueuse, ne jamais avoir à passer une commande au restaurant ou acheter un ticket de bus, vous voir lui réserver les nuits d’hôtel de sa prochaine étape, voilà qui le libérera de soucis logistiques qui pourraient l’empêcher de vivre pleinement l’expérience humaine qu’il est venu chercher.

 

Bref, tout comme l’expatrié ne quitte pas la France pour des raisons financières mais par soif de culture et d’enrichissement humain, le voyageur ne vous demande pas s’il peut venir dormir chez vous par radinisme ou flemme de s’organiser mais car il est en quête d’authenticité. Vous qui, l’été dernier, n’étiez à ses yeux qu’un expat privilégié déconnecté de votre pays d’accueil, vous voilà le garant de l’authenticité de son voyage. Face à ce retournement flatteur de veste, comment dire non au visiteur en quête d’hébergement ?… Tout simplement, par email.

Oui, que chacun se rassure! Si vous êtes un lecteur assidu, vous avez déjà deviné que je vais vous encourager à dire Non aux demandes d’hébergement intempestives. Et si vous êtes d’un naturel timide et mal à l’aise dans l’affrontement, vous commencez à n’en mener par large. Rassurez-vous: dans 99,98% des cas, vous pourrez signifier votre refus par email. De mémoire d’expatrié, on n’a jamais vu quelqu’un prendre l’avion pour venir vous demander droit dans les yeux si vous voulez bien l’héberger dans deux mois. Quel que soit votre tempérament, vous êtes donc de taille à résister aux visiteurs squatteurs.

 

 

OUI, vous pouvez dire NON.

 

Expatriés, je vous le dis : NON, vous n’êtes pas obligés d’accueillir toute la misère du monde, pardon, tous les visiteurs qui vous sollicitent, dans votre chambre d’amis, voir sur votre canapé (à voir en fonction du marché immobilier local).

Déchargez-vous de ce fardeau que vous croyez devoir vous infliger, et quand le cœur vous en dit, dites non aux squatteurs. Pour cela, afin de leur opposer un NON éclairé et droit dans ses bottes, prenez votre décision de manière pragmatique, dénuée de tout affect. Etablissez votre propre échelle de refus d’hébergement, basée sur ces critères :

  • nombre de demandeurs,
  • durée de leur séjour (à combiner avec le barème ‘’haute’’ ou ‘’basse saison’’),
  • revenu fiscal annuel du ou des demandeurs,
  • lien de parentalité ou degré d’amitié entre vous et le ou les demandeurs,
  • degré d’opportunisme déployé (le ou les demandeurs se sont-il montrés aussi empressés à vous rendre visite lors de votre dernière expatriation, dans une ville beaucoup moins glamour que celle dans laquelle il se proposent de venir maintenant vous voir ?),
  • êtes-vous en dette avec les demandeurs (avez vous squatté leur loft New-Yorkais 3 semaines l’été dernier, pour pas un rond ?) ?,
  • dans quelle mesure pourriez-vous bénéficier de cette bonne action ?,
  • le ou les demandeurs vous ont-ils (au moins 1 fois) donné des nouvelles dans les dix dernières années ?,
  • le demandeur vous a-t-il traité de privilégié, profiteur ou autre ‘’bip-bip d’expatrié’’ l’été dernier ? (ou sa variante : le demandeur vous a-t-il déjà affirmé que vous ne payez jamais d’impôts ?)

Eventuellement, vous pouvez combiner ce faisceau d’indices avec le critère ‘’niveau de sympathie ressenti pour le demandeur’’ mais vous distillez alors dans votre prise de choix un peu d’affect et de subjectivité, ce qui peut s’avérer plus dur à gérer.

 

 

Stopper l’hémorragie de squatteurs: cas pratiques

 

Pour vous aider à y voir plus clair et dans l’idée de vous entrainer à dire Non, je vous propose quelques cas pratiques, présentés par ordre croissant de difficulté :

  • Quand l’email commence par « Je ne sais pas si tu te souviens de moi… » ou par « C’est Untel (le cas échéant « un ami d’Untel ») qui m’a donné ton email »… , bien sur, opposez à cette requête un non franc et direct (après avoir dûment googleïsé le demandeur).
  • Car, attention, subtilité : Qui choisir d’héberger entre ‘’le cousin du voisin d’un ex collègue, CEO d’une boite du CAC 40, basé à New-York’’ ou votre petit frère en année de césure ? En combinant les critères ‘’degré de parentalité’’, ‘’revenu fiscal’’ et ‘’régularité des emails bienveillants de news’’, on serait tenter de pencher pour votre gentil petit frère. Mais le critère ‘’que pourrais-je en tirer ?’’ l’emportant sur tous les autres, c’est donc logiquement que vous hébergerez le patron du CAC 40 basé à New-York (je vous l’ai dit : pas d’affect).
  • Que faire quand votre propre mère s’invite pour Noël ? Ne soyez pas plus royaliste que le roi ! Le critère ‘’lien de parentalité’’ ne se combine avec aucun autre tant que l’on reste dans la famille proche. Ne commencez à vous interroger que quand la demande vient de cousins issus-issus-issus-issus de germain de votre côté, ou lorsqu’elle émane des pères et mères de votre conjoint(e). Là, vous pouvez combiner le lien de parentalité avec le critère ‘’degré de sympathie ressenti pour eux’’, c’est à dire tout bêtement ‘’Vais-je pouvoir les supporter plus de 3 jours ?’’.

 

Attention, maintenant que vous maîtrisez les rudiments du refus d’hébergement, un cas plus complexe :

  • Un ami contrôlé positif au test du ‘’degré d’amitié ressenti’’ vous annonce qu’il viendra accompagné de 3 amis que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam. Comme il n’y avait plus de place sur son vol, ces 3 amis arriveront 4 jours avant lui. De plus, l’un d’eux devant reprendre le boulot plus tôt que les autres devrait repasser par chez vous deux jours avant le reste de la bande. Sachant que le reste de la bande aimerait profiter des 3 derniers jours de son séjour pour faire du shopping dans votre douce capitale et donc repasser par chez vous.

Que faites-vous ?

Rétrograder votre ami de ‘’fort taux de sympathie vous liant à lui’’ à ‘’finalement, je n’ai pas tellement envie de le voir, en tous cas, pas chez moi’’ ? N’ouvrir votre porte que à l’arrivée de votre ami (et laisser les 3 autres sur votre palier pendant 3 jours) ? Choisir dans le lot des accompagnants les profils les plus intéressants et envoyer les autres vers l’hôtel le plus proche ? Réserver votre réponse pour l’hébergement des 3 derniers jours en fonction de comment se seront passés leurs 3 premiers jours chez vous ?

 

Je sais, c’est difficile. Je vous laisse 48 heures pour y réfléchir. Vous pouvez poster votre réponse en commentaire de cet article. Les auteurs des copies les plus brillantes se verront offerte la possibilité de lire la suite de cet opus, intitulée ‘’Le refus d’hébergement : excuses imparables et conséquences inévitables’’.

Oui, il y a tant à dire sur les visiteurs d’expatriés… Voilà qui pourrait nous tenir au chaud tout le mois de décembre…

 

14 Comments
  • Bénédicte
    December 8, 2015

    Bonjour!
    Tout d’abord, merci pour tes articles si agréables à lire, je me régale de tes sarcasmes!
    Nous nous sommes expatriés dans le bassin d’Arcachon (n ième mutation…au sein de la communauté militaire) et c’est fou comme tes articles me parlent!!!!
    Lors de notre passage de 3 ans en Lorraine, une seule main a suffi pour comptabiliser les visiteurs qui se sont risqués dans le grand nord est….
    Mais surprise! depuis que nous habitons le beau bassin d’Arcachon, nous avons énormément d’amis!!! En un an, j’ai acquis un master “chambres d’hôte, guide touristique, cuisinière pour groupe”, tout cela tout sourire, car moi non plus je n’ai plus le droit de plaindre; J’habite au bord de la mer, que demander de plus?
    Alors, l’ambiance club méd, c’est sympa, mais effectivement, il faut savoir dire “non”! Ma ligne en dépend: avec tous ces apéro (et oui, en vacances, les gens aiment se détendre autour d’un verre), j’ai déjâ pris 4 kg…

    • My tailor /
      December 10, 2015

      Merci bénédicte !! Tu n’es pas la première à me faire des parallèles entre partir en province et s’expatrier ! Moi, perso, depuis ma grouillante ville d’Asie, ça me fait rêver le bassin d’Arcachon !

  • Tara B.
    December 8, 2015

    Curieux… En Chine nous avons beaucoup moins d’amis cherchant à venir nous voir qu’en Thaïlande à ce qu’il semble… Le froid sans doute 🙂

    • My tailor /
      December 8, 2015

      Mais la Thaïlande n’est pas appelée ”le pays du sourire” pour rien… pas sure que ça s’applique à la Chine… 😉

  • sandrine
    December 8, 2015

    On a eu pas mal de visiteurs quand on etait a Miami (grande maison, piscine, vue sur le lac et a 20mn de la plage) mais etonnamment pas tant que ca…..en fait les gens se sont decides a venir alors que nous allions demenager, apres huit ans a Miami…tant pis pour eux.;-) Maintenant on vit entre LA et SF dans un trou perdu mais quand meme bien situé question étape entre les deux villes alors on va voir pas mal de monde l’annee prochaine.

    • My tailor /
      December 10, 2015

      Il y a tres lgtps, une de mes amies a vécu en Chine lgtps… au bout de 5 ans, je me suis décidée à venir la voir et elle m’a répondu qu’ils déménageaient ds 1 mois… pareil !

  • Karine
    December 9, 2015

    On a pas ce probleme ici : personne ne veut venir nous voir!
    On est pourtant dans un coin “attirant” (à coté de San Francisco). Mais bon entre le “les billets c’est trops chers, vous venez quand vous?” (c’est vrai que c’est bien connu les billets sont gratuits dans un sens mais pas dans l’autre) ou alors “il y a beaucoup d’heures d’avion” (hum oui ben pour nous aussi!) ou “on peut pas se baigner en californie” (he oui désolé à SF l’eau est juste trop froide).

    • My tailor /
      December 10, 2015

      J’aime bcp votre remarque sur les prix des billets et les heures de vol !!

  • l'expat de biarritz à Genève
    December 9, 2015

    Ma soeur a vécu 8 ans à Varsovie, je n’y ai jamais mis les pieds. La voilà fraîchement installée au Brésil et nous y débarquons pour les vacances de pâques (avec conjoint et enfant, c’est-à-dire à trois)… sauvée par le critère lien de parentalité je présume !

    • My tailor /
      December 10, 2015

      Ah ah, premier témoignage ds ce sens, c’est sympa ! Sauvée par le lien de parentalité en effet !!! Bien vu 😉 Merci !

  • Emmanuelle
    April 12, 2016

    Et quand en plus, on te demande pourquoi (d’un air ma foi “quelque peu” réprobateur) tu ne fréquentes pas de locaux, pourquoi tu ne cuisines pas local (ah bon, tu n’es pas devenue une experte en cuisine chinoise? – comment leur expliquer que mon mari, quand il rentre après une journée à se battre avec les chinois, il a plutôt envie de faire un break et de manger un boeuf bourguignon que du concombre de mer), que le dit boeuf bourguignon n’a pas le même goût que chez nous (ceci peut être du au fait que l;on ne trouve pas tous les ingrédients aussi facilement qu’en France), que le beurre n’a pas bon goût, que cela ne vient même pas à l’idée de remercier pour le (les) repas (réalisés après avoir parcouru les 4 coins de la ville afin de trouver les dits ingrédients pas faciles à trouver), là tu as vraiment envie de leur balancer le boeuf bourguignon en travers de la figure…. Mais bon, on apprend à rester zen…
    Et je vois déjà les commentaires en rentrant, sur notre manque d’ouverture d’esprit, d’ouverture sur la culture locale, etc… “Et puis, tu gardes ça pour toi mais X, elle ne cuisine pas très bien… Elle nous a fait un boeuf bourguignon vraiment pas top”.
    Mais je ne vais pas rentrer dans les détails, tu as déjà couvert tous ces points (/joies de la vie d’expat) avec tant de pertinence. Bravo pour tous tes articles, je me régale! Mon seul regret est que cela soit soit si criant de vérité… malheureusement pour nous…

    • My tailor - Mathilde
      April 29, 2016

      Merci Emmanuelle pr votre message !! Hé,hé, ça me donne des idées pr d’autres articles 😉

  • Usinamiss
    May 21, 2016

    Eh ben moi j’adore recevoir du monde, même quand je les connais peu. Il faut dire que Dakar n’est pas la destination la plus sexy du monde et c’est aussi un plaisir de recevoir les kg de fromage ou la bouteille de vin qu’ils ne manquent d’emmener avec eux.

    Cet été nous troquons Dakar pour un road trip dans l’Ouest américain, et j’ai un vague cousin qui est expatrié à San Francisco. Nous y passerons deux jours, j’ai eu un drôle de sentiment en lisant ton article. Mon plaisir à recevoir du monde, ne l’ai je pas transposé un peu trop vite sur mon cousin que je n’ai pas revu depuis l’enfance ?

    Il n’a jamais dit ni sous entendu une une gêne, une volonté de dire non, mais peut être me suis je enthousiasmé trop vite. J’adore échanger nos points de vue sur les expatriation, surtout que pour moi les USA c’est exotique à souhait (l’Afrique en revanche, j’en ai fait le tour). Il est vrai que la notion d’économie a également joué (quiconque s’est renseigné sur les tarifs de l’hôtellerie à SF me comprendra) et je m’en suis pas caché.

    Bref, je verrai cet été, mais du coup j’appréhende davantage !

    • My tailor - Mathilde
      May 22, 2016

      Mais non, mais non !! Fonce, je suis sure que ces qq jours avec ton cousin seront super ! J’exagere tt ds mes articles, je deforme tt car sinon, ce n’est pas tres drole… Alors, oui, il y a des visiteurs pénibles, mais en general c’est super d’accueillir des gens chez ns et de partager qq jours avec, parfois, des quasi inconnus!
      ET puis, comme vs etes ts expats, vs allez pouvoir echanger sur vos experiences !
      Bon road trip !! ET merci pr ts tes messages 😉

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