Expatriation: de l’art de gérer ses ex

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Entre expatriés vivant dans un même pays, on aime bien se parler des autres endroits dans lesquels on a vécu avant. Mais attention à ne pas pousser le bouchon trop loin. Les anciens pays d’accueil de nos amis, c’est un peu comme les ex de notre amoureux (se), on sait bien qu’il y en a eu mais on n’aime pas trop en entendre parler (surtout pas avec des trémolos dans la voix).

 

 

La rencontre

 

Les premiers mois d’une expatriation sont marqués par de nombreuses rencontres. Aventures sans lendemain ou amitiés pour la vie, pour bien se rencontrer, il faut bien se présenter. Mais alors que dans les débuts d’une relation amoureuse, on attend généralement un petit moment pour demander doucement : « Et avant moi ?… », en expatriation, vous pouvez vous renseigner sur les antécédents de votre toute nouvelle moitié dès les premières secondes. C’est même la première chose que vous pouvez lui demander. Si en France, on entame le plus souvent une conversation par « Et tu fais quoi dans la vie ? », en expatriation, tout commence par « Et tu habites ici depuis longtemps ? », toujours suivi de son corollaire (surtout si vous répondez « Je viens d’arriver ») : « Tu étais où avant ? ».

Ne me méprenez pas, bien sûr que votre interlocuteur meurt d’envie de savoir ce que vous (ou plutôt votre mari…) faites dans la vie et donc quel package d’expat vous avez. Mais, en expatriation, pour savoir à qui on a à faire quand on rencontre quelqu’un, il faut toujours savoir d’abord d’où il vient, et si possible où il était avant ça, et même encore avant ça.

A chaque nouvelle présentation, l’expatrié annonce donc son pedigree (pays d’expatriation + nombre d’années pour chacun), lequel permet à son interlocuteur de savoir s’il est mieux que lui ou non (chacun ayant en tête sa propre échelle de valeurs, en fonction de l’aura et/ou de la ‘’difficulté’’ estimée de chaque pays, voir ce brillant article).

A ce stade, je vous conseille de rester factuel. Égrenez votre liste d’un air positif et informatif. Si vous en êtes à votre toute première expatriation, oui ce n’est pas toujours très valorisant, mais ne prenez pas un air frustré ou apeuré. Montrez que vous avez su vous réaliser autrement car (contrairement à ce que 99% des Français de l’étranger pensent), il n’y a pas que l’expatriation dans la vie. Mais surtout, plutôt que de jouer la vierge effarouchée, faites comprendre que vous n’êtes pas un expat facile et que vous avez préféré attendre le bon moment (même si vous avez 47 ans, il n’y a pas de honte).

Car des expats faciles, il y en a, et à eux non plus, ne jetons pas la pierre. Ceux dont la liste des ex (pays, bien sûr, ne nous égarons pas) est longue comme le bras, n’ont pas non plus à en rougir: ils ont une conception ”mobile” de la vie (et non ce n’est pas forcément car il n’ont pas encore trouvé le bon). Pas la peine donc de mentir, voire de passer sous silence quelques ex dont, à la réflexion, vous n’êtes pas très fier… Assumez, vous aurez tout le temps de vous expliquer par la suite.

 

 

Au quotidien

 

C’est au fil des mois que vous allez dévoiler à vos nouveaux amis ce qu’était votre vie dans vos anciens pays d’accueil. Bien sûr, vous n’êtes pas obligé de faire table-rase du passé à chaque nouveau déménagement, ces pays traversés font partie de votre histoire et vous les porterez en vous pour toujours. Mais faites attention à toujours juste mesure garder.

Commençons par quelques détails matériels, comme les souvenirs. On l’a vu, la décoration intérieure est un aspect important dans la vie des expatriés. Votre salon doit être un gage de votre bonne intégration, la vitrine de la réussite de votre expatriation. Pour cela, il est essentiel de bien dégoter les bons objets locaux (sans jamais verser dans le trop touristique) de votre pays d’accueil et de les exposer à la vue de vos visiteurs.

Lors d’un déménagement, que faire de cet attirail savamment réuni ? Si vous débarquez dans un pays à l’artisanat déprimant et à la créativité en berne, ne la ramenez pas trop avec ou vos tableaux colorés d’Amérique du sud ou vos chatoyantes teintures indiennes. Ne gardez donc que quelques touches et forcez vous à investir dans la production locale.

Attention également aux photos qui reflètent trop votre bonheur passé. Ne laissez pas trainer sur la table basse vos vieux albums, ceux sur lesquels vous étiez encore mince et souriez fièrement à votre beau pays d’antan. Exit aussi les posters de vous sur des plages de rêve si vous venez de débarquer dans un pays où vous verrez peu la lumière du soleil pendant les 3 ans à venir. Cela pourrait en vexer certains, voire les plonger dans une dépression profonde.

Une fois le tri fait dans le matériel, attaquons-nous au spirituel. Enfin, pour rester humble, surveillons vos propos afin de vous permettre d’éviter trois grand écueils :

 

La comparaison, surtout quand elle est peu flatteuse

Evitez de dire :

« Avant, on partait tout le temps en week-end », sous-entendu : « Ce nouveau pays est trop moche. »

« Là-bas, on avait une vie culturelle trépidante », sous-entendu : « Il n’y a rien à faire dans ce trou. »

« Là-bas, on avait une bande d’amis géniaux », sous-entendu : « Ici, on n’en a pas trouvé donc on se contente de vous. »

 

La rancune

Si vous avez une dent contre votre ex, pas la peine non plus de trop vous étendre sur ce sujet. Que cette ville ignoble ait gâché 5 ans de vos plus belles années (votre mère vous l’avait bien dit) ou qu’elle vous ait larguée d’une façon sordide (licenciement, rapatriement sanitaire ou autre tromperie peu glorieuse), évitez les critiques acerbes surtout si vous voulez faire croire que oui, vous êtes bien passé à autre chose, et que oui, vous êtes très heureux dans votre nouvelle expatriation (mais pourquoi personne ne vous croit??!).

 

La surenchère

Quel que soit votre CV d’expat, vous trouverez toujours des expatriés qui ont eu une vie plus intense que la vôtre. Certains qui, eux, ont vécu dans le meilleur pays du monde; ou d’autres encore qui, eux, sont passés par des pays très durs dans lesquels ils se sont toujours montrés extrêmement courageux et adaptables. Ils auront toujours une anecdote encore meilleure que la vôtre à raconter, ou alors vous dénigreront un peu. A vous de voir si vous voulez participer à cette expat battle de souvenirs et de mérite… Rien ne vous empêche de garder vos souvenirs pour vous et d’en faire ce que vous voulez, comme par exemple les idéaliser le soir dans votre lit.

 

 

Et après ? Quand l’amour dure 3 ans

 

Dans une relation de couple, si on a donc le droit de parler (un peu) de ses ex, on évite d’évoquer nos amours à venir, surtout s’ils s’annoncent tellement meilleurs que notre lot quotidien du moment.

Bref, si vous n’êtes pas vraiment satisfait de votre ‘’actuel’’, évitez de le crier sous tous les toits (et franchement, c’est pas très sympa pour lui, qui n’avait peut-être jamais demandé à partager sa vie avec vous). Surtout abstenez-vous de dire en public : « Ouf, c’est bientôt fini avec celui là ! Plus que 3 mois et puis, je passe à un autre ». Si vous êtes dans les préparatifs de ce nouveau changement, faites-le avec discrétion et humilité…

Attention en effet quand vous vous adressez à des gens qui sont coincés là pour les 10 prochaines années. Ne leur faites pas trop ressentir votre soulagement à l’idée de n’être là que de passage et que dès l’année prochaine, cette ville ne sera plus qu’un lointain (mauvais) souvenir pour vous.

 

Mais l’expatrié a-t-il vraiment un cœur d’artichaut ? S’il multiplie les relations et change de pays comme Eddy Barclay changeait de femme, cette instabilité est-elle une fatalité ? On vient de parler de l’expatrié qui s’apprête à déménager le cœur léger… mais que dire des grands romantiques, des vrais amoureux, de tous ceux qui veulent s’engager pour du bon ? A l’approche d’une rupture qu’on refuse, plutôt que de se morfondre en disant « Mon Dieu, plus que deux mois dans ce paradis », s’accrocher comme une moule à son rocher local, c’est possible ! Rien n’est gravé dans le marbre et l’expatrié est toujours libre de casser le cycle des déménagements pour, un jour, poser ses valises. De toutes façons, comme disent les plus grands philosophes, le bonheur ce n’est pas une destination mais le chemin qu’on emprunte…

 

 

8 Comments
  • ClémenceT
    March 2, 2016

    Excellent !!! Encore une super comparaison !!

  • Daphné
    March 2, 2016

    Tout à fait d’accord avec cet article! Tout tout est véridique!! ;-))

  • Isa
    March 2, 2016

    merci pour votre article qui est assez juste !
    Isabelle expat au Ghana , premiere expat!!! Donc pas très interessante !!hahaha ;););)
    si vous voulez voir toude meme la vie au Ghana voici mon blog :
    expatbyisa.wordpress.com

  • Laurence
    March 2, 2016

    Encore un article génial, plein d’humour et de réalisme. J’aurais aimé l’avoir écrit. Bravo ! 🙂
    Laurence
    Blog “Expatriation, Tourisme & Compagnie” ( http://expatriationtourisme.com )

  • Sandra
    March 2, 2016

    Toujours un plaisir de vous lire ! Les mots sont justes et l’analyse si proche de notre réalité d’expatrié ! La dernière phrase résume si joliment la situation ! Merci 🙂

    • My tailor - Mathilde
      March 3, 2016

      Merci Sandra pr votre fidélite 😉

  • bombaymagic
    May 16, 2016

    Je l’avais raté celui-là ! Mais c’est tellement vrai 😉 Pourtant dur quand on arrive dans une nouvelle expat de se retenir d’évoquer l’ancienne, mais c’est important. Nous les expats on vit dans le présent 😀

    • My tailor - Mathilde
      May 19, 2016

      Merci Helene pr ts vos messages , ici et sur FB 😉

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