Expatriation et gastronomie: l’exception française

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Même s’il n’a jamais touché une casserole de sa vie et qu’il ne se nourrit que de pizzas surgelées arrosées de sodas, le Français qui vit à l’étranger peut s’enorgueillir d’être un fin gourmet, puisqu’il est Français. Pour cela, il est en droit de juger la cuisine locale peu diversifiée ou peu subtile, et de choisir le vin au restaurant quand il est le seul Français d’un groupe. Même s’il ne sait pas exactement ce que c’est, c’est vrai que la blanquette de veau lui manque. Oui, s’expatrier, c’est aussi faire de gros sacrifices.

 

Haaa… Les produits français, le bon gout du terroir…

 

  • Le saucisson, le fromage, le bon pain, les viennoiseries et la pâtisserie

Voilà ce qui manque le plus aux Français de l’étranger (juste avant leur Papa et leur Maman). À cette liste, chacun ajoute quelques marques de biscuits ou de bonbons mythiques. Autant de choses que l’on retrouve toujours dans les valises de ceux qui rentrent d’un séjour en France.

Invité à un apéro entre Français, n’avouez jamais que vous n’aimez pas le fromage ou le saucisson. Dire ‘’Non merci’’ lorsqu’on vous en propose est un crime de lèse-majesté. D’une part, car vos hôtes se privent un peu en vous faisant cette offre, d’autre part, car en vous proposant du saucisson, c’est bien plus que du saucisson que ces Français vous proposent. Ils vous invitent à entrer en connivence avec eux, à sceller un pacte amical et à vous susurrer chacun à l’oreille : « Nous sommes Français, nous sommes si bien entre nous. » Refuser cette rondelle de saucisson ramenée précieusement de votre terre natale commune ou achetée à prix fort chez un spécialiste local, c’est lancer à la figure de vos hôtes (alors qu’ils vous ont ouvert les portes de leur intimité) : « Moi, j’aime pas la France ! ». Oui, c’est violent. Vous creusez un gouffre entre eux et vous. Finalement, vous n’allez pas être si bien que ça ensemble, vous pouvez le lire dans leurs yeux ahuris à l’instant même où vous prononcez ce terrible Non.

 

  • Le vin

Pour le vin, c’est à l’avenant. Dans un groupe cosmopolite, vous passerez toujours pour un fin connaisseur ; dans un groupe de Français, la surenchère de connaissances fera rage. Si vous vivez en Australie, en Californie, en Afrique du Sud ou au Chili, n’avouez jamais que vous préférez (presque?) les vins locaux à des crus Français. C’est péché. Egalement, offusquez vous toujours, même si vous n’y voyez aucune différence, des bouteilles fermées avec des bouchons vissés et non pas par de nobles bouchons de liège. Enfin, évidemment, ne mettez pas de glaçons dans votre verre de vin, même s’il est trop chaud. Allez, parfois on pourra pardonner cela à un Français particulièrement cool, s’il fait remarquer en riant qu’il sait que ça ne se fait mais qu’il fait tellement chaud dans ce pays.

Bref, à l’étranger, on ne plaisante pas avec la nourriture : on a besoin de manger Français régulièrement. Pour cela, on s’organise pour ne pas manquer en y mettant les efforts et le prix qu’il faut.

 

 

Mais il faut faire avec ce qu’on trouve

 

Dans les pays où la grande distribution s’intéresse au juteux marché des expatriés, quelques supermarchés font la part belle au rayon ‘’produits exportés’’. Là, ils se concentrent sur les produits de première nécessité : à côté du turron espagnol ou de la marmite anglaise, le Français ébahi pourra admirer des alignements de madeleines ou de biscuits à la cuillère, et s’émerveiller devant le rayon frais, squatté par les petits drapeaux français des crèmes dessert, pâtes feuilletées, quiches lorraines, rillettes et bien sûr saucissons et fromages.

Face à une telle aubaine, le Français gourmet ne peut se permettre de faire la fine bouche, et en perd la vue, l’odorat et le goût. Puisque c’est Français, c’est bon. Lui qui était si sélectif avant et qui ne jurait que par les grandes marques ou les appellations de luxe, le voilà qui se rue sur ce pâté de campagne de marque distributeur, catégorie de produits qu’auparavant il aurait préféré mourir plutôt que de goûter. Maintenant, ses placards en regorgent et il invite en grandes pompes ses amis pour des apéros 100 % marques de bas-étage ou provenances indéfinies.

 

Voici donc un créneau en or pour tous les entrepreneurs qui ont l’idée incroyable de se lancer dans l’importation de produits français ! Ou de ceux qui tentent de reproduire sur place des saveurs françaises avec les moyens du bord.

Parmi eux, il y a des petits malins qui avec un bon network et en l’absence de concurrence arrivent à écouler des kilos de mauvais saucissons et de fromages douteux au prix du caviar. Moins ils sont sûrs de la qualité de leurs produits, des conditions dans lesquelles ils voyagent où sont stockés, plus ils affichent en énorme le drapeau français sur leurs stands, flyers et sites web.

Heureusement, il y a aussi ceux qui dégotent des bons petits producteurs pour ouvrir des boutiques chaleureuses où les Français se pressent. Et il y en d’autres qui proposent des baguettes délicieuses ou des éclairs au chocolat, ‘’made sur place’’, qui supportent tant bien que mal le climat local. Ces gens là sont une bénédiction pour les Français de l’étranger ! Mais n’allez pas raconter en France qu’il vous arrive de passer deux heures dans les bouchons pour un pain au chocolat… Ah ! Ces femmes d’expat qui n’ont rien à faire de leurs journées et qui sont incapables de s’adapter à leur pays d’accueil ! Voilà bien la remarque de quelqu’un qui n’a jamais vécu à moins de trois minutes de marche d’au moins trois ou quatre boulangeries. C’est à dire: en France.

 

En n’oubliant jamais de bien s’intégrer et s’adapter

 

Quand on est Français, on se doit de préférer la gastronomie française à toute autre. Et on est donc le droit de critiquer ouvertement la cuisine locale, quel que soit le pays où l’on vit. C’est bien la seule chose qu’il vous sera pardonné de critiquer de votre pays d’accueil pendant vos séjours estivaux dans l’Hexagone. En effet, votre famille et vos amis non expatriés y verront de votre part un profond attachement à la France, attachement dont ils doutent fortement le reste du temps.

Cependant, bien que vous ne puissiez que reconnaître que culinairement parlant, votre pays d’accueil n’arrive pas à la cheville de votre mère patrie, vous vous devez de faire preuve d’un peu de bonne volonté. Et d’adaptabilité, qui est la qualité numéro Un que l’on exige des expatriés.

Puisque vous devez tout faire pour vous intégrer à votre pays d’accueil, quoi de mieux que d’apprendre à cuisiner local ? En voilà une bonne idée d’activité de groupe à proposer pour l’association d’Accueil de votre ville ! Sushis, tacos, biltong, rouleaux de printemps, tzatziki, terang bulan… en cuisine, Madame ! Et quelle joie pour votre mari et vos invités que de déguster à votre table le samedi soir de délicieux nems de fabrication française, alors qu’ils n’ont mangé que ça toute la semaine à la cantine du boulot.

Heureusement, on le sait, les expatriés, ça tourne, çà déménage. Chaque femme d’expat emportant avec elle des recettes qui épateront les copines qu’elle ne manquera pas de se faire dans son prochain pays. Un petit Chili con carne à Doha, ça ne tente personne ? Mais si vous préférez manger Français, je peux vous proposer une bonne terrine de porc, au poulet. Ah ben oui, on fait avec les moyens du bord.

11 Comments
  • Alexia
    November 8, 2016

    Ah la la, mais c’est tellement drole !!!!!!
    Vous ne nous decevez jamais, et c’est vrai que là, c’etait LE gros sujet !!

    Bravo My Tailor !!!!!!!!

    • Helene Dunlop
      November 8, 2016

      Je vois que ca t’a inspiré;) justement ce matin le supermarché local a invité la communauté française pour une étude de marché…. c’était assez drôle;)

      • My tailor - Mathilde
        November 10, 2016

        Oui, en effet, quel sujet essentiel !!
        Pas mal cette histoire d’étude de marché !

    • My tailor - Mathilde
      November 10, 2016

      Merci Alexia !!

  • Rosiane Houngbo
    November 8, 2016

    Des posts empreints d’une cinglante auto-dérision pleine d’humour et de pertinence. Je ne suis jamais déçue de vous lire.

    • My tailor - Mathilde
      November 10, 2016

      Merci mille fois Josiane, votre commentaire me fait un immense plaisir !

  • Guillaume
    November 8, 2016

    C’est savoureux ;o)
    Un des meilleurs post de ce blog toujours aussi drôle et juste !

    • My tailor - Mathilde
      November 10, 2016

      Merci bcp Guillaume ! ET quel à propos 😉

  • Nathalie Porte
    November 14, 2016

    Très drôle! Je me retrouve dans chaque paragraphe ! Quand je vivais en Algérie, alors que je n’en mangeais jamais en France, j’ai dévoré en 2 minutes le saucisson qu’un collègue français venait de rapporter ! J’ai acheté du pâté de campagne super dégueu au Panama pour le prix d’un foie gras. Aujourd’hui, au Vanuatu je marche 30 minutes par 35°c pour acheter une vraie baguette et je paie une fortune le Brie infame ! Et j’ai d’autres exemples à la pelle ! Même quand on aime la cuisine locale, la cuisine française nous manque beaucoup ! Beaucoup plus que tout le reste ! J’avoue !

    • My tailor - Mathilde
      November 16, 2016

      Ha ha !! J’adore vos exemples et votre honnêteté !!

  • Tellou
    March 9, 2017

    Imagine toutes les astuces que nous développons pour importer des produits a base de cochon dans un pays ou c’est interdit…..
    Quand ils ont enfin ouvert un rayon “porc” a la seule boutique encadree par l’etat ou nous trouvons de l’alcool, c’etait juste avant Noel. Avec les copines, on s’offrait des plaques de jambon…..en France c’etait saucisson sec du charcutier artisan uniquement! Maintenant, je me pame devant du Justin Bridou

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