Expatriés: est-il acceptable de ne pas parler la langue locale et de n’en point rougir ?

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« – Ahhh, tu habites à Bangkok depuis 4 ans ? Tu dois super bien parler Thaï alors ?

– Non. »

STOP !!! Pas un mot de plus. Chut !! On ne rajoute rien. Pas de « Mais… » ou « C’est parce que… ». C’est non, c’est tout. On ne parle pas Thaïlandais. Pas la peine de se justifier, l’étiquette ‘’(Femme d’) expat qui n’a rien dans le ciboulot et ne va pas à la rencontre des cultures’’ vous est déjà accolée.

Mais qu’y a-t-il de si grave à cela ? Pas grand-chose en fait. Des étiquettes, on en a déjà eu et on aura d’autres. L’essentiel, c’est d’assumer.

Voici donc un article qui va en irriter plus d’un, parmi eux :

  • les ‘’coachs en mobilité’’ et autres professionnels de l’ ‘’interculturel’’ pour lesquels il est impensable de ne pas apprendre la langue locale,
  • les courageux expats qui ont réussi à maîtriser la langue de leur pays d’accueil et à qui je tire mon chapeau,
  • les détracteurs d’expats qui trouvent ça quasiment raciste de ne pas apprendre la langue du pays (en général, les mêmes que ceux qui affirment que si ils vivaient à l’étranger, eux, ils n’auraient QUE des amis locaux).

Deux précisions :

  • Les considérations qui vont suivre concernent les expatriés vivant dans des pays non Francophones ou Anglophones.
  • Savoir compter jusqu’à 10, indiquer son chemin à un taxi ou commander dans un restaurant, ne permet pas de répondre fièrement « Oui, je parle xxxx » (à remplir selon le cas).

 

I – Amis expatriés : décomplexez-vous !

Ah la la, vous dites vous, cette femme d’expat de peu d’esprit va nous expliquer que ça ne sert à rien de parler Thaïlandais ! Quel relent de colonialisme, quel manque d’ouverture !

Pas du tout.

Tout d’abord, on ne peut pas me taxer de colonialisme car j’habite en Thaïlande, seul pays du Sud-Est asiatique à n’avoir jamais été colonisé. J’en conviens, cette affirmation est très boiteuse mais elle me permet d’écarter d’un revers de la main ces accusations faciles tout en faisant étalage de ma culture.

Ensuite, c’est sûr que quand on vit en Thaïlande, c’est très utile de parler Thaïlandais. Merci.

Alors, la question vous brûle les lèvres : pourquoi donc Mathilde ne parle-t-elle pas Thaïlandais ?

Et bien, c’est très simple : j’ai eu la flemme. J’ai commencé, et puis j’ai arrêté.

A tout expatrié qui a envie de faire croire que ce n’est pas la flemme mais un faisceau de bonnes raisons qui l’a poussé à se détourner du Thaïlandais, ou de toute autre langue locale, je dis STOP. Si l’expatrié est un être extraordinaire (voir notamment ici), il n’en est pas pour autant tenu à la perfection. Vous avez le droit d’avoir des faiblesses, comme celle de ne pas vous lancer à corps perdu dans l’étude d’une nouvelle langue (qui plus est dans un pays ou vous allez rester 3 ans au maximum).

 

II – Et arrêtez de vous justifier, de toutes façons, vous n’avez aucune excuse

Voici les excuses les plus fréquemment utilisées. Elles sont toutes bidon, je le sais pour les avoir toutes prononcées ou entendues. Oubliez-les et assumez. Vous ne parlez pas Thaïlandais, ce n’est pas très grave.

 

1- La plus grande fausse excuse : le surmenage

Vous ne parlez pas Thaïlandais mais vous faites tellement d’autres choses. Vous êtes donc quelqu’un de formidable et vous aimeriez que cela se sache ? Et bien, mon conseil : faites le savoir une autre fois.

Là, ce qu’on vous demande c’est si vous parlez Thaïlandais. Si la réponse est ‘’non’’, répondez ‘’non’’, sans ajouter « C’est parce que plutôt que de parler Thaï, j’ai un super job. » ou « J’aurais adoré mais je suis devenue prof de zumba, on ne peut pas tout faire. ». Hélas si, il y a des gens qui arrivent à tout faire et on en connaît tous au moins un(e).

Mais rassurez-vous car une question anodine en amenant une autre, après vous avoir demandé si vous parlez Thaï, votre interlocuteur vous demandera très vite : « Mais tu fais quoi de tes journées ? ». Là, le moment sera venu de vous épancher sur votre job en or ou vos dizaines d’activités et projets d’envergure. Patience donc.

 

2- Une excuse qui invite à la compassion : l’expatrié(e) novice

C’est votre première expatriation et la vie s’avère beaucoup moins facile que vous ne l’aviez imaginé ? Rien que d’arriver à Bangkok, ça a été compliqué. Coupures budgétaires obligent, vous n’étiez pas sur Air France et vous avez mobilisé avec peine votre meilleur Anglais pour demander de l’eau dans l’avion. Une fois sur place, il a fallu discuter avec votre propriétaire, vos déménageurs, vos voisins de plein de nationalités différentes, tous ces gens qui parlent plus ou moins Anglais… Au cours de pilates de votre quartier forcément un peu cosmopolite, pour rester dans le rythme, vous avez bataillé ferme pour savoir quelles parties de votre corps étaient les wrists, les hips ou les thighs. Alors oui, dans ce contexte, le Thaïlandais est passé à la trappe. Vous êtes si concentré(e) sur votre Anglais que vous aimeriez même que les Thaïlandais vous félicitent de vos progrès.

 

3- Une excuse invérifiable : le break linguistique des ‘’serial expats’’

Vous n’en êtes pas à votre première expatriation et affichez un palmarès impressionnant de pays (que vous récitez par le menu à la moindre occasion) ? Autant de pays, autant de langues locales que vous avez méthodiquement apprises. Oui mais voilà, après avoir maitrisé les subtilités du Finnois, de l’Ouzbek puis du Swahili, vous vous accordez un break.

Usez et abusez de cette bonne excuse car personne ne va jamais vérifier vos dires ! Vos interlocuteurs sont obligés de vous croire sur parole. Les chances d’être démasqué(e) sont minces, aux activités de Bangkok Accueil on croise peu de guerriers Massaï.

 

4- Des excuses de très mauvaise foi : c’est de la faute du Thaïlandais

Beaucoup de gens sont convaincus, ou tentent de nous convaincre, que c’est à cause du Thaï qu’ils ne parlent pas Thaï. Trop dur, pas assez utile… A ce petit jeu, dans tous les autres pays de la région, ils auraient été bilingues en moins de deux :

 

  • « Si on vivait en Chine, je serais super motivée. Le Mandarin, c’est utile : c’est la langue de l’avenir et du business. »

Pour une femme d’expat qui n’a pas l’intention de remettre les pieds dans une entreprise dans les dix ans à venir, c’est une explication un peu étrange.

 

  • « Si on était au Japon, je me serais mise à fond au Japonais. Sais-tu que, contrairement au Thaïlandais pour lequel il faut pouvoir maitriser 5 types de tons différents, le Japonais est monotone ? Et moi, mon problème ce sont les accents et les tons. »

Ah bon, c’est pas la flemme ton problème? Parce que moi, si (Pardon, je me répète).

 

  • « J’ai une amie qui vit au Vietnam et elle est bilingue. Forcément, le Vietnamien a été traduit dans notre alphabet phonétiquement. Donc, c’est facile à lire, et donc à apprendre. »

Mais alors, pourquoi quand elle vivait au Pérou, elle ne parlait pas un mot d’Espagnol, elle ? Mystère.

 

  • « Le Thaïlandais, c’est trop dur. Si on vivait à Java, on parlerait Javanais comme les locaux. C’est bien connu, c’est la langue la plus facile du monde. Même moi, je m’y serais mise ! »

Réponse qui a le mérite d’être sympa. Hélas, Google ne me confirme pas du tout que le Javanais est la langue la plus facile du monde, comme ce qui se racontait quand j’étais petite.

 

Voilà. En cherchant bien, on pourrait rajouter beaucoup de fausses bonnes excuses à cette liste, toutes plus inutiles les unes que les autres. Plutôt que de vous justifier, entrainez-vous à répondre sans rougir et sans détour « Non, je ne parle pas Thaï ». Quand vous serez totalement à l’aise, n’hésitez pas à vous encanailler et à ajouter à la fin « Pourquoi ? ». Alors, vous pourrez avouer n’avoir jamais visité les marchés flottants en 4 ans de vie à Bangkok (Ben oui, il fait vraiment trop chaud… Ah non, c’est vrai. On ne se justifie pas.)

 

Photo: Pixabay

 

13 Comments
  • Cindy
    June 9, 2015

    Pour notre première expatriation, j’aurais pu me justifier par « il y a trop de langues, j’avoue qu’à part l’anglais, je ne sais pas trop par laquelle commencer ». Nous vivions en Afrique du Sud, pays qui ne compte pas moins de 11 langues officielles !!! Et puis, faut être honnête, le Ndebele ou le zoulou, ça a tout de même certaines limites. Maintenant que je vis en Asie, je vois pas trop ce que je pourrais en faire à part me la jouer en chantant joyeux anniversaire dans celles-ci !!!

    En tant que bonne française bien de chez nous, j’essaie déjà de faire des efforts en anglais car si mon accent « so frenchy » peut plaire, ça peut être fatigant à la longue de s’y reprendre à 3 fois pour ce faire comprendre.

    Si certaines personnes, quelque peu jalouses de notre condition « méga hyper privilégiée d’expats qui roulent sur l’or », prennent un petit plaisir à nous faire remarquer que l’on pourrait maitriser la langue locale et être parfaitement bilingue anglais, il est possible de les calmer très rapidement en disant que si ce n’est pas notre cas, nos enfants eux sont parfaitement bilingues anglais, connaissent quelques mots d’Afrikaans mais surtout apprennent actuellement le malaisien et le mandarin (en ce qui concerne mes enfants), cette fameuse langue d’avenir qui si elle ne me servira pas en tant que femme d’expat qui passe ses journées à ne rien faire, à eux, ça sera peut-être un jour un bonus en plus déjà d’une ouverture d’esprit.

    Après si on veut être quelque peu taquin, il est possible de finir par « tu sais moi, je maitrise l’anglais de survie : celui pour aller faire ses courses ou comprendre un film. Par contre, pour toi ce n’est pas pareil. Aujourd’hui, si tu ne maîtrises pas l’anglais, que t’as pas obtenu un super score au TOEIC ou au TOEFL, professionnellement c’est mort. T’envisages de suivre une formation en langue? Après tout tu peux faire passer ça sur le plan de formation de ton entreprise et faire ça sur ton temps de travail ? ».

    😉

    • mytailorisanexpat
      June 9, 2015

      Ha, ha ! Votre témoignage est super Cindy !! Merci ! Je n’oserais jamais présenter mon fils à vos enfants. Il a fini par se décider à me parler Français alors je ne voudrais par le perturber en le mettant au Mandarin !

  • Kenza
    June 9, 2015

    Cet article me parle ! Je n’ai pas encore décidé si j’allais apprendre le hongrois… je n’ai jamais été dans cette situation après cinq ans en pays anglophones. Mais au moins ce sera le même alphabet !

  • Tara B.
    June 9, 2015

    Ha, ha, ha, excellent ! Aux bangkokiennes qui pensent que le chinois est la langue de l’avenir (oh oui, certainement), mais pas à celles qui pensent que les langues tonales sont une galère (parce que le mandarin est tonal aussi, et oui, bonjour l’affreuse galère), je propose de réfléchir à deux fois avant de se lancer dans le mandarin (sauf si on habite en Chine) parce qu’avec un prof chinois il faut aussi surmonter l’écueil des techniques d’enseignement locales. Et ça, c’est une expérience culturelle en soi, même quand on n’a pas (trop) la flemme et une dose (raisonnable mais non héroïque) de bonne volonté…

  • Lorraine un Hanoi
    June 13, 2015

    Merci Mahilde de Bangkok pour ce post qui me parle!!!
    Femme d’expat même pas surmenée (0 enfant et pas de job en or – la faute aux permis de travail réserves aux viet), ma reponse à moi : “je n’ai pas encore appris le viet… Pour l’instant je me fais l’oreille… Savais tu que le vietnamîen est une langue monosyllabique agglutive et hexagonale?”…. Rien que cela suffit à decourager l’interlocuteur. A moins de tomber sur un linguiste. Mais dans ce cas, suffit de faire parler le linguiste de lui-meme et de son œuvre, et hop le sujet est évacué!!!

    • mytailorisanexpat
      June 14, 2015

      Ce “poste qui me parle” ! Ho, hooo… bravo Lorraine !! Et merci pour votre message !

  • Sandra
    June 18, 2015

    Excellent !! 2 ans que je suis en Italie et je continue a baragouiner. Mais grace a cet article, je vais au moins arreter de m’excuser …ou alors je vais pomper quelques excuses. Bon, avec cette langue si proche (et difficile, oui !) que la notre, ca risque d’etre un peu complique, mais rien n’arrete la femme d’expat, cette heroine (tres marrant aussi). Je decouvre ce blog aujourd’hui et j’y reviendrai. ciao ciao

    • mytailorisanexpat
      June 19, 2015

      Grazie mille Sandra !

  • Sandrine
    June 19, 2015

    Très drôle et pertinent, ce que Tu dis!
    Il y a effectivement beaucoup à écrire sur l’expatriation et la femme d’expat… Alors, je Te souhaite de continuer dans cette veine, à la fois légère et pleine de justesse.
    Au plaisir de te lire!
    Sandrine ( une voisine du Vietnam…)

    • mytailorisanexpat
      June 19, 2015

      Merci voisine !

  • Jean Mouette
    September 9, 2015

    Pour le javanais je ne sais pas, mais la langue parlée à Java, l’indonésien (bahasa indonesia) est sans doute une des langues les plus simples du monde pour le coup. on connait même tous un peu de bahasa indonesia sans le savoir comme guru (maitre) ou ourang-outang (homme des forêt).

  • Isa
    February 5, 2016

    Excellent. Je le suis mise au chinois à Taipei car on me payait des cours mais du coup ça m’a permis de me remettre à l’anglais puisque l’anglais était la langue pour apprendre le chinois. Parce que ca tu pouvais le dire : je suppose que le thaï tu l’aurais appris en anglais : donc pas forcément facile.

    • My tailor - Mathilde
      February 5, 2016

      Oui, c’est vrai ça !!

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