De l’obligation de ne pas rester entre Français quand on vit à l’étranger

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Ça ne manque jamais : une fois qu’on vous a demandé si vous parlez la langue locale, on va vous demander si vous voyez beaucoup (que des ?) Français. Amis expatriés, sachez en effet que vous n’êtes pas libre de voir qui vous voulez. La société restée en France a un droit de regard sur vos fréquentations depuis que vous l’avez quittée: elle n’accepte pas vous restiez entre Français.

Français de l’étranger, voyez des étrangers! Oui, mais pas n’importe lesquels.

 

Expatriés, enrichissez-vous (non, pas que financièrement)

 

Alors que vous viviez en France sans pression particulière, que vous aviez le droit d’y ”vivoter” dans votre coin (voire d’être un peu un loser) sans que personne n’y trouve rien à redire, tout change lorsque vous vous expatriez. Aux yeux des Français de France, l’expatrié se doit  de tirer profit au maximum de cette formidable expérience qu’est la vie à l’étranger en faisant toujours preuve d’ouverture d’esprit. Il est impensable qu’il ne cherche pas à s’intégrer à son pays d’accueil ni qu’il s’y enrichisse humainement.

Même si l’expatriation vous est tombée dessus par hasard, honte à vous si vous ne faites que survoler le pays qui vous accueille ! Potassez son histoire, sa culture, aimez-le, visitez-le de fond en comble, apprenez la langue locale… Vous qui ne lisiez que Voici auparavant et qui êtes incapable de nommer un seul membre du Gouvernement actuel, étudiez (et dissertez sur) la situation géo-politique de votre nouvelle région, vous qui n’écoutiez que Bach, découvrez les charmes des musiques traditionnelles locales… Changez vos points de vue, adaptez-vous, devenez un ‘’citoyen du monde’’ mais surtout, surtout, ouvrez-vous à l’Autre.

Car, que vous soyez parti pour relever un challenge professionnel énorme ou que, vous retrouvant sans emploi, vous ayez rebondi d’une façon incroyable, rien de tout cela ne compte. Aux yeux de la ménagère de moins de 50 ans restée en France, celle-là même qui n’a jamais adressé la parole à sa voisine de palier, la réussite de votre expatriation se jauge à l’aune du nombre de vos amis étrangers. Ils sont le gage de cette ouverture d’esprit qui doit être la vôtre. A la clé : enrichissement culturel et personnel, intensité des rapports humains, adaptabilité, intégration, diversité… un vrai programme politique.

 

 

Ouvrez-vous l’esprit, mais pas avec n’importe qui

 

Face à un tel programme, pas de place pour le communautarisme: ce n’est pas en côtoyant des Français que l’expatrié Français va gagner en profondeur et s’intégrer un tant soit peu.  Il se doit donc d’afficher à son compteur beaucoup d’amis étrangers. Mais attention, pas n’importe lesquels. C’est une chose que d’aller boire un verre sur un roof-top branché avec son voisin expatrié Suisse, c’en est une autre que d’aller diner chez votre ami local.

Ne nous voilons pas la face, c’est pas mal d’avoir des amis expatriés non Français (promis, nous y reviendrons) mais vous pouvez (vous vous devez de) faire bien mieux : la voie royale de l’intégration, la caution de toute expatriation réussie, le Graal qu’un expat modèle se doit de convoiter, c’est l’ami local.

Et cette règle ne souffre aucune exception. La ménagère de moins de 50 ans, votre belle-soeur par exemple, n’acceptera aucune excuse. Que vous viviez aux Etats-Unis, en Inde, à Dubaï, en Belgique, en Angola, à Londres, au Brésil, au fin fond de la Chine ou du bush Australien: un local, c’est un local. Et du local qui vous a été attribué par la boite qui vous a envoyé à l’étranger, vous vous devez de faire votre ami, quel qu’il soit.

Ce fameux local, qui est peut-être 40 fois plus riche que vous ou 40 fois moins, qui n’a (peut-être) jamais quitté sa ville et y vit donc très entouré de toute sa famille et amis de toujours, lui qui n’a (peut-être) jamais voyagé et qui ne sait pas où se trouve la France sur une carte du monde (tout comme vous ne connaissiez pas l’existence de son pays avant d’y atterrir un beau jour avec tous vos cartons)… Ce même local auquel personne ne met la pression en lui demandant pendant ses vacances d’été “Mais tu vois un peu des expatriés quand-même?” et qui ne se sent pas du tout obligé d’être ouvert d’esprit… Bref, lui qui n’attendait que vous depuis des années, sautez-lui dessus!

Pour cela, je vous recommanderai bientôt quelques stratégies. Sachez déjà que nous allons viser haut et nous poser des objectifs très concrets, parmi lesquels: se faire inviter à un mariage local et/ou passer une fête locale dans une famille locale (preuves suprêmes d’une intégration réussie et sources intarissables d’anecdotes pour l’été prochain).

 

 

Mais pourtant, on est tellement bien entre Français

 

Donc c’est formidable d’avoir des amis locaux. Avec eux, c’est l’enrichissement perpétuel et le challenge permanent !

Oui, vous passez des moments merveilleux avec eux. Des moments merveilleux qui méritent bien d’égratigner un peu votre confiance en vous et votre joie de vivre. En effet, plus vous côtoyez des étrangers, moins vous comptez le nombre de vos blagues qui tombent à plat, les dialogues de sourds que vous menez parfois, les situations où chacun masque difficilement une mutuelle (et parfois constante) incompréhension culturelle, les découvertes étranges (voir repoussantes) que vous faites (et eux aussi), les sujets dont vous ne pouviez même pas soupçonner qu’ils étaient tabous, les vents que vous vous prenez pour d’obscures raisons…

C’est très fatiguant, et parfois très frustrant, d’être toujours ouvert d’esprit ! Parfois, il faut bien l’avouer, c’est sympa de voir des Français. Car avoir des amis Français, c’est un peu comme enfiler ses vieux chaussons.

L’expatrié qui rentre le soir, harassé par 8 heures de négociations avec des locaux très fourbes, accueilli par des factures illisibles, une femme d’expat en pleine déprime (au bout de 6 mois, celle-ci se doit d’être en pleine désillusion) et des enfants trop gâtés par leur nanny et qui ne parlent plus qu’un sombre dialogue local, ce Français là n’a qu’une envie : regarder le 20h de Claire Chazal (gloups…) et voir des Français.

Je pourrais vous faire un top 10 de ce qui manque aux Français de l’étranger et de ce dont ils parlent entre eux mais il y a plein de listes qui circulent sur internet et je ne voudrais pas vous mettre Johny dans la tête ou vous donner envie de manger du vrai fromage ou d’étriper Vincent Bolloré.

 

Bref, vous n’avez rien contre le fait de voir des locaux mais vous voudriez aussi faire comprendre à votre belle-sœur qui attend de vous une attitude ouverte, pionnière, que vous aimez bien porter vos pantoufles. Souvent. Très souvent. Tout le temps, en fait. Bon, de toutes façons, de quoi elle se mêle elle ?  Par exemple, si elle  se mettait à porter ses pantoufles toute la journée ? A sortir avec, du matin au soir, l’envie vous viendrait-elle de la juger ? Non, ce n’est pas notre genre. Alors qu’elle nous laisse donc faire ce qu’on veut avec les nôtres et voir qui on veut !

Khop Khun Kha, comme on dit dans mon pays d’accueil… juste pour vous prouver que (si je voulais ?) j’ai (j’aurais ?) des amis locaux.

1 Comment
  • sandrine
    October 6, 2015

    J’ai bien rigolé en lisant ce billet. Depuis presque 20 ans aux US, je n’ai quasiment pas d’amis locaux, et peu d’amis francais. Je m’entends mieux avec les immigrés, comme moi, mais non francais, mes préférés étant les Suisses et les Belges…

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