Femme (et homme) d’expat: la fiche de poste complète

15 Permalink

Bien sûr, comme tout le monde le sait, l’expatriation c’est les grandes vacances tous les jours.

C’est peut-être vrai pour les expatriés qui ont un job, ça l’est sûrement moins pour les ‘’conjoints suiveurs’’, ceux qui ont sacrifié leur carrière pour celle de leur moitié et qui se retrouvent un beau jour au bout du monde sans travail, sans amis, sans repères. S’ils pensaient pouvoir se tourner les pouces dans cet environnement désertique, c’est raté !

 

– Responsable logistique, spécialité ’’Installation’’

Cela tombe sous le sens : c’est au conjoint suiveur (allez, je reviens au terme bien plus sympathique – et majoritaire – de ‘’femme d’expat’’) qu’il revient de s’occuper de l’installation de sa petite famille. L’arrivée dans un nouveau pays est une lourde étape logistique qui recouvre tout un panel d’activités aussi diverses que passionnantes, parmi lesquelles on peut citer en vrac : faire installer la Wifi chez soi sans finir par se pendre au câble du téléphone, benchmarker des marques inconnues de lessives ou de Canard WC local, peser le pour et le contre entre des pédiatres qui ne parlent ni Français ni Anglais (ça vous ne vous en rendrez compte que si vous avez la chance qu’ils parlent pendant la consultation), étudier le réseau de bus de votre quartier – sans plan officiel et alors et que vous n’avez pas encore saisi la logique (s’il y en a une) à laquelle obéit la numérotation des rues, décider si oui ou non vous allez continuer à manger dans la rue (à votre 5e gastro en 3 semaines)…

Mais une fois la petite famille bien installée (et un semblant de vie sociale lancée), la femme d’expat ne peut hélas pas se reposer sur ses lauriers. Car être femme d’expat, c’est courir une course de fond. Toute l’année, la femme d’expat a du plain sur la planche :

 

 

– Responsable administrative, tendance ‘’Immigration’’

Oui, il n’y a pas d’heure pour les braves (femmes d’expats), surtout en matière de logistique et de paperasse : dossiers à compléter, papiers à remplir en langue locale, obscures factures à payer… cela ne s’arrête jamais. Au-delà de ce travail quotidien, la Français(e) de l’étranger n’habitant pas dans son propre pays (première nouvelle !), elle doit se soumettre aux règles locales en matière d’immigration. Cela se passe : ici.

 

 

– Chef d’entreprise / DRH

Si elle est bien tombée, la femme d’expat peut avoir des employés de maison. Dans certains pays, elle peut même se retrouver à la tête d’une petite entreprise composée de plusieurs corps de métiers : maid, nanny, jardinier, chauffeur… (Qu’elle a choisi d’avoir ou qui lui ont fournis en l’état avec le package de son ‘’conjoint travailleur’’). Faut-il préciser que parmi ces employés, pas un seul ne sera de la même nationalité que notre petite femme d’expat ? Et que parmi eux, il y aura peut-être plusieurs nationalités et/ou religions… Nous voilà au cœur de cette expérience si enrichissante que les expatriés vont chercher au bout du monde : le brassage culturel, la diversité humaine, l’enrichissement au contact de l’Autre… Avec, dans ce cas de figure, notre femme d’expat en dirigeante de ce bouillonnant melting pot, dans un pays qui n’est pas le sien.

Pour garder ses liens avec ses employés au beau fixe et que pour ceux-ci cohabitent entre eux (et accessoirement pour faire tourner sa maison), voici donc la femme d’expat qui se démène avec la législation nationale, les coutumes locales, les susceptibilités personnelles… La voici qui compose avec une maid locale qui refuse d’adresser la parole à une nanny immigrée du pays voisin ; un jardinier qui ne prend ses ordres de personne de plus jeune que lui ; ou un chauffeur issu d’une minorité ethnique dont elle ignorait auparavant l’existence, minorité qui a édicté pour elle-même son propre code du travail (comportant 57 jours fériés)…

Voilà. Il y a donc des pays où, oui, la femme d’expat est beaucoup aidée… mais ce n’est pas forcément de tout repos.

 

 

– Responsable d’agence de voyage ‘’sur mesure’’

Un incontournable dans la fiche de poste de la femme d’expat : l’organisation des vacances de tout son entourage dans son beau pays d’accueil. On constate là des injustices flagrantes dans la charge de travail qui incombe aux expatriées : la femme d’expat qui habite un trou perdu dans un pays déprimant étant beaucoup moins sollicitée que celle installée dans un joli pays dont le PIB dépend essentiellement du tourisme.

Si la femme d’expat se doit d’organiser les vacances de ses proches (et moins proches) qui viennent la voir, elle se doit également de conseiller des gens qu’elle connaît à peine sur leurs parcours dans son pays d’accueil, voire dans les pays voisins ou même toute la région. Sa boite mail est régulièrement assaillie de questions en tous genres, des questions dont souvent les guides voyage ou Google ne possèdent nullement le commencement du début d’une réponse, comme « La mousson, dans ton pays, c’est pendant quel mois ? » ou encore « Il y a combien d’heures de route entre la capitale et ce parc national ? ».

Mais bien sûr, ce qui serait vraiment chic de la part de la femme d’expat sollicitée, ce serait (comme elle est sur place et qu’elle n’a ‘’rien à faire de ses journées vu qu’elle ne bosse pas’’) qu’elle réserve les billets de train et aussi les nuits d’hôtel dans l’arrière pays, parce que depuis la France c’est compliqué (‘’et puis, je bosse moi’’). Merci.

 

 

– Gérante de chambre d’hôte

La fonction ‘’gérante d’agence de voyage’’ s’accompagne souvent de celle de ‘’responsable de chambre d’hôte’’. En effet, envoyer un mail de demande de renseignement, c’est parfois déjà avoir mis un pied dans la porte. Et la femme d’expat de recevoir tout au long de l’année sa famille, ses amis et leurs amis d’amis en goguette dans son beau pays.

Les conversations entre expatriés sont émaillées de « Il y a du monde à la maison tout le mois prochain » et « On part à la plage ce week-end avec nos amis qui viennent nous voir ». La femme d’expat se plaint que ça fait beaucoup de travail (pour sa maid) et qu’elle aimerait bien juste passer quelques soirées chez elle à ne rien faire, au lieu de courir les restaus sympas de la ville avec ses visiteurs.

Mais dans le fond,  aucune de ses amies n’est dupe de ses jérémiades. Car, même quand elle les connaît à peine, la femme d’expat est bien contente d’avoir des visiteurs. Quoi de plus triste (et dévalorisant) dans une société qui se plaint d’avoir trop de visites (et donc d’être troooop populaire), que d’avoir une chambre d’amie désespérément vide toute l’année ?… Qui aime dire « Ah tu as des gens chez toi non stop depuis 3 mois ? Quel succès ! Chez nous, c’est le calme plat. Non non, personne ne vient jamais nous voir. Absolument personne. Ni de vagues amis, ni nos frères et sœurs, pas même nos parents. Non, non, même pas pour Noël ou la naissance des enfants. On est tout le temps tout seuls. ».

Même donc si les expats se plaignent des visites intempestives, dans le fond le défilé incessant de visiteurs fait partie d’un certain standing. Une maison qui se respecte doit tourner à bon régime et pouvoir même, parfois, se payer le luxe de refuser du monde.

 

 

– Chercheuse de tête / Cabinet de placement, département international

Si tous certains se moquent gentiment de la femme d’expat qui ne bosse pas et a donc perdu tout contact avec le monde professionnel, cela ne les empêche pas de la croire tout de même capable de les aider à trouver un job et de la prendre pour un Cabinet de placement, département ‘’carrières internationales’’. La femme d’expat a beau être devenue incapable de travailler, qu’elle n’en dégoûte pas les autres et qu’elle les aide à trouver ce job qu’elle n’a pas réussi à – ou voulu – trouver pour elle-même.

Même très oisive, elle doit bien avoir un avis sur le marché local ou être mieux à même que de fringants candidats à l’expatriation de le décortiquer pour eux (ben oui, ils ont beau être brillants, ils ne sont pas sur place, alors c’est difficile pour eux). Mais surtout, elle a les contacts qu’il faut, au pire son mari ou les maris de ses copines les ont.

Régulièrement, la femme d’expat reçoit donc des demandes de conseils, de contacts ou si elle pourrait carrément trouver un stage, un VIE, un poste. Là encore beaucoup de questions auxquelles Google est bien incapable de répondre, mais aussi (et heureusement) des questions toutes simples auxquelles la femme d’expat pourra adresser une réponse circonstanciée en 30 secondes chrono comme : « Pourrais-tu m’expliquer comment fonctionne le marché du travail à Dubaï ? », « C’est facile d’obtenir un work permit aux Etats-Unis ? » ou encore « Je suis très attirée par l’Asie. Aurais-tu des conseils pour y travailler ? ».

Si la femme d’expat peut (et encore !…) répondre d’une manière un peu légère à des questions concernant l’organisation de vacances, il faut qu’elle se montre professionnelle quand les gens s’adressent à elle dans une optique carriériste et qu’elle s’adapte à tous types de demandes. Par exemple, c’est bien mignon d’avoir un mari qui bosse dans le tourisme à Bangkok, mais si votre tante veut vraiment assurer l’avenir de son fils glandeur, ce qu’il faut que vous lui trouviez, c’est un stage de trader à la BNP à Hong-Kong. Ah bon, Bangkok, c’est pas à Hong-Kong ? Mais vous connaissez sûrement des gens là-bas non ? En Asie, tout le monde se connaît non ?

 

Voilà les compétences que l’on vous demandera si vous postulez pour devenir femme d’expat. Pour les pays en développement, on vous demandera de vous investir un minimum dans une activité humanitaire au service de la population locale.

Egalement, partout dans le monde, que vous ayez des enfants ou non, on exigera de vous un investissement à 100% dans leur éducation et leur épanouissement. Alors que vos amies restées en France ont des journées à 100 à l’heure et se plaignent de ne jamais voir leurs marmots, vous avez pour obligation de profiter de cette parenthèse enchantée qu’est l’expatriation pour vous dévouer corps et âme à eux, ou du moins ”reconnecter” avec eux… On en reparlera.

 

Enfin, pour ouvrir le débat, la question qui vous brûle les lèvres:

Qu’en est-il des débouchés ? (me demanderez-vous)

En DRH avisé, je me dois de vous prévenir: le plus beau dans le métier d’homme / femme d’expat, c’est que c’est extrêmement valorisant (et valorisé) et que c’est un vrai accélérateur de carrière, surtout si un jour vous rentrez en France.

Accompagner son conjoint travailleur dans la belle aventure de l’expatriation n’y est jamais perçu comme un trou dans un CV… Ha, ha je plaisante, hélas !!…

15 Comments
  • ClémenceT
    March 16, 2016

    Que de bonnes blagues…. mais surtout que de vérités !!!!!!

    Bravo, encore un article au top !

    • My tailor - Mathilde
      March 17, 2016

      Merci Clémence !

  • Jeanne
    March 16, 2016

    “La femme d’expat a beau être devenue incapable de travailler, qu’elle n’en dégoûte pas les autres “”
    Quelle ironie géniale !! J’adore !

  • Charlotte
    March 16, 2016

    J’ai beaucoup aime l’humour de cet article. “Femme d’expat” je m’y suis retrouvé.
    J’attend vos articles sur les “débouchés en tant que femme d’expat” auxquelles je n’y crois pas Bcp. (Malgré mon rythme a 100 a l’heure).

    • Justice
      March 16, 2016

      Homme d’expate, viré, après avoir élevé notre enfant durant 4 ans. Retour seul évidemment, l’enfant doit rester avec sa mère c’est mieux pour lui. La cerise sur le gâteau elle m’a donné tout ce que nous avions en France. Des dettes!

    • My tailor - Mathilde
      March 17, 2016

      Oui, l’article sur les débouchés risque d’être moins gai … 😉

  • SEREY Cendrine
    March 16, 2016

    Excellent article, très bien vue, je m’y retrouve. Bravo.
    Je confirme qu’au retour, de notre première expatriation , il y a 13 ans, avant de repartir il y a quelques mois, j’ai réussi à valoriser mes 7 années passées aux Chicago et à Londres. En fait, mes activités bénévoles (obligatoire pour toute femme d’expat qui se respecte !) ont modifié mon projet professionnel et je me suis réorientée assez facilement.
    Mais je ne suis pas sure que cela sera aussi facile dans quelques années, à notre retour en France la cinquantaine bien passée.

  • anotherwhisky
    March 16, 2016

    Je suis en train de chialer. C’est horrible comme situation. Maintenant je me rends compte de ma chance : travailler, faire le ménage moi même.

    Merci de m’avoir éclairé

    • My tailor - Mathilde
      March 17, 2016

      De rien, bon ménage surtout

  • USChapters
    March 16, 2016

    Cet article est vraiment vraiment génial, je lui prédis une grande carrière. je souscris à tout et partage à fond.

    commentaires (puisqu’on est dans les “comments”) :
    – j’attends avec fébrilité un article entier sur le paragraphe ci dessous, qui fait le sel de mes journées :

    “Alors que vos amies restées en France ont des journées à 100 à l’heure et se plaignent de ne jamais voir leurs marmots, vous avez pour obligation de profiter de cette parenthèse enchantée qu’est l’expatriation pour vous dévouer corps et âme à eux, ou du moins ”reconnecter” avec eux… On en reparlera.”

    – pour le dernier paragraphe, je n’arrive pas à savoir si c’est ironique ou pas. En vrai. Ca mérite aussi un article entier ?!!

    • My tailor - Mathilde
      March 17, 2016

      Merci !!!
      Oui, le dernier paragraphe est tres tres ironique, mais j’ai l’impression que ce n’est pas très clair !!

      • USChapters
        March 17, 2016

        j’étais pas sûre. Ca me rassure (enfin pas vraiment, c’est même tout le point, mais je ne m’étais donc pas plantée !)

  • Daphné
    March 18, 2016

    Effectivement la fin est très très ironique! Mais je pense que le retour n’est pas difficile que ça, il faut juste se préparer tout comme on prépare son expatriation!

  • bombaymagic
    April 4, 2016

    Je vous trouve en forme en ce moment 🙂

    • My tailor - Mathilde
      April 4, 2016

      Merci Hélène ! et je découvre dc que vs avez un blog !!
      Sérieux les derniers articles mais super intéressants !! Je sens que je vais y passer un bon pt moment…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *